Affaire Epstein : leur sale petit monde18/02/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/02/une_3003-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg

Dans le monde

Affaire Epstein : leur sale petit monde

Jour après jour, les médias du monde entier révèlent les noms de puissants personnages impliqués dans les réseaux du financier milliardaire, entremetteur, proxénète et pédocriminel Jeffrey Epstein.

La relation de Sultan Ahmed bin Sulayem et d’Epstein est particulièrement éclairante. Sultan Ahmed dirigeait DP World, entreprise géante de logistique portuaire, présente dans 80 pays et employant 100 000 personnes. Cette société, qui appartient à la famille régnante de Dubaï, voulait acquérir des participations dans les ports des États-Unis dont l’accès est étroitement contrôlé par les lois de ce pays. Pour y parvenir Sultan Ahmed s’adressa en 2006 à Epstein qui, moyennant finance évidemment, pouvait lui présenter les bonnes personnes, dans les affaires, les ports, la politique, la magistrature, etc.

L’affaire a fonctionné, DP World a pris pied en Amérique. Les deux hommes n’en sont pas restés là et, entre 2006 et 2019, ont échangé des milliers de mails, dans lesquels les affaires financières s’entrelardaient de considérations sur leurs ébats sexuels. Ils ont voyagé ensemble et Sultan Ahmed a plusieurs fois séjourné dans l’île privée d’Epstein. Ces faits étaient semble-t- il connus depuis longtemps, sans conséquence aucune. Il a fallu, devant le scandale mondial voulu par Trump pour noyer sa propre implication, que des organismes financiers publics, canadiens et britanniques, se désengagent de leur association avec DP World pour que Sultan Ahmed soit remercié par la famille régnante.

Ces hommes de la galaxie Epstein et ceux qui les couvrent ou feignent d’ignorer leurs mœurs, tous ceux qui sont en affaires avec eux, directement ou non, forment la classe dirigeante mondiale. Leur moralité n’est qu’une question de degré. Puisqu’il est normal, et même conseillé, d’inviter un client dans le meilleur restaurant possible, pourquoi donc lui refuser un pot-de-vin, qu’on inscrira aux dépenses de l’entreprise, pourquoi pas lui fournir une escort-girl ou autre, suivant les goûts du personnage concerné ? Puisque tout s’achète, pourquoi pas les jeunes filles, les magistrats, les journalistes et les ministres ?

Les affaires réputées légales des capitalistes ne sont pas moins répugnantes que celles qualifiées de délictueuses. Ainsi, DP World, parmi ses multiples affaires, a acheté la compagnie maritime P & O Ferries en 2019, grâce aux réseaux britanniques d’Epstein. Durant la pandémie de 2020, la compagnie toucha des dizaines de millions de livres de subventions publiques puis, le 17 mars 2022, elle débarqua sans préavis tous ses équipages sous contrat de travail britannique, les remplaçant par des marins corvéables à merci. Toute l’opération a été garantie par des avocats, des juges et des responsables politiques tout ce qu’il y a d’honorables et de respectueux… forts du droit absolu du propriétaire d’user et d’abuser de sa propriété, hommes et navires confondus.

Ce ne sont pas des hommes vicieux comme Epstein et sa bande qui pourrissent la société, c’est une société pourrie qui engendre et entretient une classe dirigeante à son image.

Partager