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- Lutte ouvrière n°3006
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Leur société
Affaire Nahel : meurtrier mais policier avant tout
La Cour d’appel de Versailles vient de décider que le policier qui avait tué Nahel, un jeune de 17 ans, ne serait pas jugé pour meurtre devant une cour d’assises, mais devant une simple cour criminelle départementale pour « violences ayant entraîné la mort sans avoir intention de la donner ».
En juin 2023, le coup de feu mortel tiré à bout portant sur Nahel au volant d’une voiture arrêtée, avait été filmé et avait provoqué la colère contre la police de très nombreux jeunes, donnant lieu à des émeutes dans tout le pays.
La Première ministre de l’époque, Élisabeth Borne, avait solennellement déclaré au Sénat que « la justice passera, personne ne doit en douter ». Dans un premier temps des juges d’instruction avaient mis le policier en examen pour meurtre.
Mais que valent les paroles gouvernementales ? Presque trois ans après, les faits ont été requalifiés en appel pour ménager le tueur, sa hiérarchie et les tenants d’un ordre appuyé sur la police, fût-elle meurtrière.
Pour aboutir à ce résultat, les magistrats de Versailles ont tordu les faits de façon grotesque. Le policier a-t-il eu l’intention de tuer Nahel ? Non selon eux, puisqu’il avait exhibé son arme « de manière réitérée et significative ». Ainsi lorsqu’un policier menace quelqu’un de son arme, puis tire et le tue, ce n’est pas intentionnel…
Pourquoi le policier a-t-il tiré sur Nahel à bout portant ? Selon ces juges, c’était pour ne pas risquer de blesser quelqu’un d’autre. Il aurait donc tué pour protéger la vie…
Selon l’expert balistique, le policier visait la « zone thoraco-abdominale », donc le cœur de Nahel. Les juges n’en estiment pas moins que l’intention du policier n’était pas de viser cette zone et incriminent la victime car elle « gesticulait » au lieu d’attendre bien sagement d’être mise en joue et tuée.
Les juges estiment quand même qu’il y a eu violences envers Nahel – c’est bien le moins – mais bien qu’elles aient été commises par une personne dépositaire de l’autorité publique à l’aide d’une arme, ils n’ont pas retenu ces circonstances aggravantes,comme cela est pourtant prévu par la loi. Cette « vérité » juridique ressemble à un gros mensonge qui a l’avantage de réduire encore de cinq ans la peine maximale de prison encourue par le tueur.
C’est au prix de telles absurdités que l’appareil judicière aide la police à ne pas subir les conséquences de ses rapports brutaux avec les classes populaires.