Affaire Orélien : une polémique loin de la littérature 30/09/2026 2026 Journal /medias/journalnumero/images/2026/10/une_3035-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg 2026-09-30

Leur société

Affaire Orélien : une polémique loin de la littérature

Thélyson Orélien, auteur québécois d’origine haïtienne, est accusé d’avoir utilisé l’IA pour rédiger son roman C’était ça ou mourir. La polémique et les doutes ont abouti à son retrait de la liste des livres sélectionnés pour le prix Goncourt.

C’était ça ou mourir raconte le périple d’un enseignant qui fuit Haïti et les gangs qui contrôlent sa capitale, Port-au-Prince. Comme des dizaines de milliers de migrants sans papiers et sans argent, il traverse clandestinement la moitié de l’Amérique avant d’arriver au Québec. Que ce roman, à la fois dur, nuancé et touchant, ait été rédigé avec l’aide de l’IA ou non, il ne pourrait exister sans que nombre de femmes et d’hommes, bien réels, aient vécu les tribulations à travers les frontières racontées dans le livre et en aient témoigné. Le roman a le mérite de rendre, avec subtilité, leur humanité à ces parias.

Le recours à l’IA atteint désormais la littérature, la musique et d’autres arts, après de nombreux domaines. Qu’on déplore cette évolution ou qu’on se contente de la constater, tout indique que ceux qui ont fait campagne contre Thélyson Orélien étaient motivés, bien plus que par la défense de la littérature, par la volonté de discréditer un roman écrit par un Haïtien relatant le parcours de migrants. Ainsi le site « Balance ton Claude », du nom de l’assistant IA d’Anthropic, a été créé par le journaliste du Figaro Samuel Fitoussi. L’information a été relayée par Valeurs actuelles et Cnews, deux médias d’extrême droite. Les mêmes n’ont jamais cherché à savoir quelle plume, humaine ou numérique, avait rédigé, par exemple, les livres d’un Jordan Bardella ou de divers auteurs à succès.

Quant à évoquer des gens talentueux, bien avant l’invention de l’IA des écrivains reconnus n’ont pas rédigé eux-mêmes des parts entières de leurs œuvres. Alexandre Dumas est connu pour avoir fait rédiger plusieurs de ses romans par des « nègres ». L’Américain James Michener, auteur prolifique, disposait d’une petite armée de sous-traitants pour rédiger ses textes.

Dans cette société où tout se vend et s’achète, ce qui préside à la publication et la promotion d’un ouvrage et explique que certains écrivains soient mis dans la lumière quand d’autres restent des inconnus, n’est pas leur talent personnel, ou pas toujours. Ce qui compte est d’abord la puissance des maisons d’édition. Ce n’est pas un hasard si le prix Goncourt, l’un des plus prestigieux et celui qui permet de multiplier les ventes d’un livre par dix ou quinze, est monopolisé par une poignée de grands éditeurs. Leur motivation est évidemment le profit qu’ils escomptent en commercialisant des livres pouvant se vendre en masse parce qu’ils collent à l’air du temps. Une telle création littéraire, dans le monde capitaliste, n’a souvent pas besoin du secours de l’IA pour être tout à fait artificielle.

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