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Leur société
Agriculture : des cadeaux aux plus gros
Sébastien Lecornu a présenté mercredi 8 avril sa « loi d’urgence agricole » au conseil des ministres. Elle comporte de nouvelles déréglementations en faveur de l’agro-industrie et des plus gros agriculteurs mais ne changera rien aux problèmes que rencontrent la majorité de ceux qui travaillent la terre.
Avec cette loi, le gouvernement fait mine de répondre à la contestation de l’hiver dernier. À l’initiative de la Coordination rurale (CR, syndicat proche de l’extrême droite) et de la Confédération paysanne (marquée à gauche), les agriculteurs s’étaient mobilisés contre l’accord du Mercosur et contre l’abattage systématique des troupeaux lors de l’épidémie de dermatose nodulaire. La FNSEA, le principal syndicat agricole, étroitement lié au gouvernement, était restée à l’écart de la mobilisation et avait soutenu ses décisions d’abattage systématique, perdant ainsi du crédit. Elle a donc poussé pour que la nouvelle loi sorte avant l’été.
Celle-ci fait la part belle aux revendications de la FNSEA et de la CR, ainsi qu’aux demandes des capitalistes de l’agriculture. La principale mesure facilitera l’installation de mégabassines et les captations d’eau, sous prétexte de concurrence avec les agriculteurs européens. Mais la France est plus permissive que ses voisins européens sur la question de l’irrigation des cultures. Le véritable but des gros agriculteurs défenseurs des mégabassines est de mettre la main sur les ressources en eau.
Les autres mesures donnent dans la démagogie anti-écologiste en permettant les tirs contre les loups ou en limitant la protection des haies. À tel point que Laurent Duplomb et Gérard Larcher espèrent que la loi « Duplomb 2 » sera intégrée dans la loi d’urgence agricole, avec notamment l’autorisation de pesticides interdits. En revanche, sur la question essentielle pour les agriculteurs, c’est-à- dire les prix que leur payent l’agro-industrie et la grande distribution, la loi ne changera rien. Même si le gouvernement annonce, comme les précédents, que les prix couvriront les coûts de production, les agriculteurs vivent l’inverse en ce moment.
Le prix payé pour le lait baisse depuis plusieurs mois. Les industriels du secteur, comme Lactalis ou Danone, annoncent 380 à 400 euros les 1 000 litres pour 2026, soit entre 50 à 70 euros de moins que l’année dernière. Le prix du porc a chuté de 60 centimes depuis septembre 2025, ce qui peut représenter une baisse de revenu de plusieurs milliers d’euros pour un éleveur. Dans le même temps le prix des céréales stagne alors que le coût des intrants a explosé : le prix du gazole non routier (GNR) a presque doublé, celui des engrais a augmenté de 50 %. Cela a d’autant plus d’impact dans la période actuelle, où les travaux des champs sont importants.
Les dernières années ont été de « bonnes années » en élevage, et le prix de la viande bovine reste à un niveau élevé aujourd’hui. Mais la crise actuelle risque d’avoir des conséquences très lourdes pour bon nombre d’agriculteurs. Quant aux consommateurs en bout de chaîne, ils continuent d’être rackettés par la grande distribution.