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Leur société
Agriculture : le gouvernement arrose les gros
Vendredi 4 septembre, la ministre Annie Genevard a annoncé un plan d’un milliard d’euros pour l’agriculture. À peine connu, ce plan est déjà critiqué de toutes parts.
La principale inquiétude à la sortie de l’été est le manque de fourrage. En effet, du fait des prairies desséchées, les éleveurs ont souvent dû entamer les réserves prévues pour l’hiver prochain. La récolte du maïs destiné à nourrir les animaux a souvent commencé avec un mois d’avance. La baisse des rendements est estimée entre 15 et 30 %.
Bon nombre d’agriculteurs se demandent comment ils vont pouvoir nourrir tous leurs animaux. Certains vont devoir en vendre une partie. Pour d’autres, qui étaient déjà en difficulté, c’est le coup de trop et ils se posent la question d’arrêter l’élevage ou même de vendre leur exploitation.
Les mesures annoncées par le gouvernement ne changeront rien pour ces petites exploitations qui sont menacées aujourd’hui. Le gouvernement prévoit 500 millions d’euros pour indemniser les pertes. Mais le dispositif sera plus favorable aux exploitants qui ont souscrit une « assurance récolte », ce qui ne concerne que 20 % d’entre eux. Comme pour l’ensemble de la population, il est très difficile aussi pour eux de se faire rembourser par les assurances privées qui gèrent de telles assurances, et peu en ont donc souscrit.
Une baisse de la taxe foncière de 330 millions d’euros favorisera les plus gros agriculteurs car cette aide sera proportionnelle aux hectares détenus et réservée à ceux qui sont propriétaires de leurs terres, alors qu’aujourd’hui plus de 60 % des terres sont exploitées en location. De la même manière, l’allègement de cotisations à la Mutualité sociale agricole (MSA) concernera en premier lieu ceux qui dégagent déjà beaucoup de bénéfices.
Le gouvernement a aussi inventé le « fonds de réarmement agricole », qui comprend une enveloppe de 235 millions d’euros gérée par les préfets. Mais personne ne sait encore comment sera répartie cette somme.
La FNSEA, qui est le principal syndicat de patrons agricoles, et la Coordination rurale, proche de l’extrême droite, réclament des aides en proportion des pertes de chiffre d’affaires, qu’ils estiment à 10 milliards d’euros, ce qui favoriserait directement les agriculteurs à la tête des plus grosses structures. La Confédération paysanne réclame, de son côté, 5 000 euros par personne travaillant dans les exploitations. Même si cette proposition est un peu plus égalitaire, elle ne dit pas qui doit payer. Pour l’instant, aucun de ces syndicats n’annonce d’actions, car ils jouent la carte de la négociation avec le gouvernement.
Face à la crise, le gouvernement et des syndicalistes agricoles appellent les consommateurs, autrement dit les travailleurs et les classes populaires, à faire preuve de « solidarité », en payant leur alimentation plus cher. Mais les prix des fruits et légumes ont déjà augmenté de 13 % pendant l’été. Depuis des années, les patrons de la transformation et de la grande distribution ont augmenté leurs marges au détriment des producteurs et des consommateurs. Il faut que ce soit ces grands patrons, ainsi que ceux des banques, qui mettent la main à la poche pour assurer un revenu correct aux agriculteurs et de quoi faire face à la crise actuelle.