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Albanie : la contestation s’étend
En Albanie, les mobilisations pacifiques qui contestent depuis le 31 mai le Premier ministre, Edi Rama, se sont transformées la semaine du 12 octobre en manifestations violentes, toujours plus nombreuses et déterminées.

Depuis plus de quatre mois, des manifestations antigouvernementales rassemblent quotidiennement des milliers de personnes qui réclament le départ de Edi Rama, au pouvoir depuis treize ans et symbole de la corruption du régime. Ces manifestations ont été déclenchées par le projet d’un ensemble d’hôtels de luxe lié à la fille du président américain Donald Trump, Ivanka, et à son gendre, Jared Kushner. Le projet se situe sur l’île de Sazan, à l’entrée de l’Adriatique, en plein milieu des réserves naturelles qui étaient protégées par la loi, jusqu’à ce que Edi Rama la fasse modifier.
Calmes et pacifiques, les manifestations avaient été nommées « révolution des flamants roses ». Mais, depuis mardi 13 octobre, le mouvement a changé de figure. Les manifestants, lassés d’être ignorés et méprisés par le pouvoir, ont été rejoints par des milliers étudiants et se sont radicalisés. Chaque jour, la capitale, Tirana, s’embrase. Des bâtiments publics ont été incendiés, des banques dévastées, les feux tricolores démolis, les panneaux de signalisation arrachés et les poubelles brûlées. Jeudi 15 octobre, la contestation s’est étendue à plusieurs villes de province. Dimanche 18 octobre, elle a pris un tour violent, transformant la capitale en zone de combat. Les forces spéciales ont été déployées en renfort de la police. Équipées de boucliers, masques à gaz et véhicules lanceurs d’eau, elles ont fait usage, face aux étudiants qui protestent contre la corruption et les inégalités, de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc. Des policiers ont tiré au fusil à pompe. Plus de 1 000 personnes ont été arrêtées, un chiffre des plus importants pour un pays de 2,4 millions d’habitants.
Cette explosion de colère est le fruit de l’accumulation de trente-cinq ans de frustrations depuis la chute du régime dit communiste en 1991. Les promesses de démocratie et de développement économique se sont bien vite envolées et une petite minorité d’oligarques et de capitalistes se sont mis à piller le pays.
Edi Rama, soutenu par l’Union européenne et en affaires avec le clan Trump, a jusque-là réaffirmé qu’il ne quitterait pas le pouvoir. À court d’argument, il a accusé les manifestants d’être manipulés par la Russie.
La mobilisation populaire peut avoir la peau de Edi Rama. Pour changer vraiment les choses, il faudra viser l’ensemble du système.