Allemagne : deux claques pour le chancelier 23/09/2026 2026 Journal /medias/journalnumero/images/2026/09/une_3034-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg 2026-09-23

Dans le monde

Allemagne : deux claques pour le chancelier

Le 20 septembre, dans le Land de Mecklembourg-Poméranie- Occidentale, petit Land surtout rural (1,6 million d’habitants) de l’ancienne Allemagne de l’Est, l’AfD (extrême droite) a obtenu près de 38 % des suffrages, contre 16,7 % en 2021. C’est la même augmentation spectaculaire que deux semaines plus tôt en Saxe-Anhalt.

Le Parti social-démocrate (SPD) atteint environ 36 % des suffrages, et tous les autres partis se situent loin derrière, autour de 5 %. C’est même le cas de la CDU, parti conservateur du chancelier Friedrich Merz, qui s’est effondrée sous les 5 %, et n’aura donc aucun député en Mecklembourg. Jamais ce n’était arrivé dans l’Allemagne d’après-guerre, dans aucun Parlement régional.

À Berlin, à la fois ville et Land (3,9 millions d’habitants), les élections montrent également une forte augmentation de l’AfD, qui recueille 16,3 % des suffrages, un nombre de voix inédit dans la capitale (+8 %). Là aussi, une partie de l’augmentation vient des électeurs CDU. Mais ce qui marque ces résultats électoraux, est la victoire de Die Linke, la gauche dite radicale. Dans la capitale, le parti double son score, recueillant 25,7 % des voix. Voir un parti à gauche du SPD arriver en tête à Berlin, est également totalement inédit.

Les deux partis au pouvoir (CDU et SPD), et surtout le parti du chancelier, ont ainsi été sévèrement sanctionnés. La promesse de Merz, l’avant-veille des élections, de baisses de taxes sur les carburants n’y a rien changé : la ficelle était un peu grosse. Ces derniers mois, pour justifier les attaques prévues, notamment contre la durée et les horaires de travail, il a multiplié les sorties provocantes sur la prétendue « paresse » des Allemands et leur vie « trop facile ». Plus généralement, l’indifférence du gouvernement (CDU-SPD) aux licenciements, à l’explosion des prix et à une précarité croissante n’a pu qu’apporter du carburant à l’AfD.

À peine les résultats électoraux connus, certains patrons, comme le directeur général de Siemens, ont exigé que le gouvernement ne se laisse pas influencer par les électeurs car les « réformes » prévues seraient « indispensables ». Impopulaires pour impopulaires, et sans doute bientôt hors jeu, les dirigeants des deux partis ont entonné le même refrain. Le SPD laisse cependant Merz faire le travail devant les caméras, puisque ce dernier a déclaré le soir même que le gouvernement maintenait l’essentiel de son offensive prévue tout à la fois contre les retraites, le système de santé, le temps de travail, les aides au logement, les indemnités maladie ou les économies sur la fonction publique.

Merz s’est aussi permis de renvoyer dos à dos les extrémismes de « gauche » et de « droite », une comparaison honteuse alors que Die Linke réclame seulement des loyers abordables tandis que les choix de l’AfD sont ceux de l’extrême droite antiouvrière.

Die Linke a connu depuis deux ans (campagne législatives 2024) un rajeunissement et une forte augmentation du nombre de ses adhérents, de 60 000 fin 2024 à 123 000 fin 2025. Les jeunes adhérents sont portés en particulier par la lutte contre la pauvreté et pour des logements abordables. Or le probléme du logement est particulièrement sensible dans la capitale : après la réunification, dans les années 2000, la municipalité a bradé une grande partie de ses logements à des « requins de l’immobilier », comme on les surnomme là- bas, qui possèdent chacun des dizaines de milliers d’appartements et ont fait exploser les loyers, chassant beaucoup de locataires de milieux populaires.

Cette situation a donné lieu, depuis 2018, à des manifestations et à un référendum d’initiative citoyenne demandant l’expropriation des requins de l’immobilier. 73,5 % des électeurs berlinois ont participé à ce référendum en 2021, dont 57,6 % pour approuver cette expropriation. Depuis, l’exécutif CDU-SPD s’est empressé… de ne rien faire, et cet enlisement volontaire a encore contribué à leur recul électoral. La campagne de Die Linke a tranché dans ce paysage, en annonçant vouloir municipaliser (contre indemnisation) 220 000 logements. Pour le reste, et même si elle est attaquée et diffamée par les autres partis, elle porte des revendications modestes et ne met pas en cause le système capitaliste.

À Berlin, les salariés du plus grand hôpital font actuellement grève contre les mesures d’austérité dans la santé. Lundi 21, 175 000 travailleurs de l’automobile ont cessé le travail dans le pays pour protester contre les licenciements et fermetures d’usines. Les syndicats appelaient à des manifestations dans toute l’Allemagne samedi 26 septembre. Pour à la fois arrêter le recul des conditions de vie et s’opposer au poison de la division et de l’extrême droite, la mobilisation des travailleurs sera en effet la seule voie.

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