Aluminium Dunkerque : les travailleurs produisent, les patronsprofitent12/03/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/03/une_3006-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Aluminium Dunkerque : les travailleurs produisent, les patronsprofitent

Annoncée depuis des mois, la vente d’Aluminium Dunkerque (AD), qui compte 720 travailleurs et de nombreux sous-traitants, et qui produit 300 000 tonnes d’aluminium par an, prend corps. Ce ne sera pas la première cession, loin de là.

Depuis sa création en 1991 par l’entreprise nationalisée Pechiney, à proximité de la centrale nucléaire de Gravelines, qui la fournit en électricité, l’usine n’a cessé de changer de propriétaire, naviguant entre les grands de l’aluminium. Pechiney a d’abord été privatisé par le gouvernement de droite de Juppé, puis l’entreprise a été vendue au groupe canadien Alcan, qui lui-même a été acheté par le trust anglo- australien Rio Tinto, qui a vendu AD au groupe Gupta (Liberty House)… après avoir supprimé de nombreux emplois.

À la faveur d’une échéance non honorée par Gupta, le fonds financier American Industrial Partners (AIP) s’est emparé d’AD en 2021. AIP avait alors affirmé vouloir le revendre plus tard en faisant un bénéfice. Une entreprise avec les travailleurs, ses bâtiments et ses machines, cela peut effectivement rapporter beaucoup, par la production ou par la spéculation. La firme Alba du Bahreïn (Aluminium Bahrain) a alors été choisie par AIP pour cette cession.

S’il y avait foule pour reprendre AD, c’est que les profits y sont très importants. En 2024, ils ont été de 186 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 834 millions, soit 22,3 % de bénéfice ! Le prix cette fois-ci sera donc en nette augmentation. En 2018, Gupta avait payé 500 millions pour AD, maintenant le fonds Morgan Stanley estime son prix entre 1,2 et 1,8 milliard d’euros. Et Alba, l’acheteur, se répand déjà en promesses sur la décarbonation de l’entreprise pour laquelle l’État s’est engagé à verser 360 millions d’euros.

Le syndicat CGT de l’entreprise a mené depuis une campagne très active auprès des élus et du gouvernement pour refuser le rachat proposé également par Rio Tinto : les suppressions d’emplois n’ont pas été oubliées. La CGT a demandé aussi que la Banque publique d’investissement prenne une participation minoritaire dans AD, comme garantie et au nom de la « souveraineté industrielle française ». Mais quand on entend le président de cette BPI prôner sur France Inter des mesures antiouvrières en dénonçant les « déficits sociaux », cela ne met pas en confiance sur son soutien éventuel aux salariés d’AD et aux sous- traitants.

Si, pour le moment, bien des travailleurs d’AD sont plutôt rassurés par le choix d’Alba, ils sont aussi conscients que les promesses des patrons n’engagent que ceux qui y croient. Par le passé, ils ont mené des luttes longues et déterminées pour leur salaire, l’emploi et les conditions de travail, et il faudra être prêt à y revenir.

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