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Leur société
Asalée : le gouvernement contre les soignants et les patients
Depuis février, 2 000 infirmiers et infirmières du réseau Asalée sont privés de salaires. Beaucoup continuent néanmoins à travailler, tout en dénonçant la situation qui leur est faite.
Asalée est une association créée en 2004 dans le but d’améliorer la prise en charge des maladies chroniques. Les soignants Asalée interviennent auprès d’un ou plusieurs médecins généralistes qui leur délèguent le suivi de patients dans le cas de certaines pathologies comme le diabète, les risques cardio-vasculaires ou encore des troubles cognitifs. Les soignants Asalée organisent des séances d’éducation thérapeutique pour aider les malades à se prendre en charge, ou bien font des visites aux personnes en difficulté. Avec le manque de médecins et la progression des déserts médicaux, le dispositif s’est révélé de plus en plus utile et a été étendu au niveau national en 2012, jusqu’à employer début 2026 plus de 2 000 soignants, financés par la Caisse primaire d’assurance maladie (la CPAM), avec un budget annuel dépassant désormais 100 millions d’euros.
Ce budget en très rapide progression est sans doute ce qui a fait réagir le gouvernement. Début 2025, à la demande du ministère de la Santé, l’Inspection générale des affaires sociales (l’IGAS) a procédé au contrôle de la gestion de l’association. Tout en démontrant que 95 % des sommes versées par la CPAM servaient bien à payer les salaires des infirmiers et des infirmières, le rapport de l’IGAS pointe un certain nombre de dysfonctionnements. Il est reproché à la direction de l’association des défaillances financières, des conflits d’intérêts, le non-respect du droit des associations, du travail et de la commande publique. Que certains, pour s’enrichir, profitent des mannes publiques versées à des associations, cela n’a rien d’étonnant, dans cette société. Mais, quelle que soit la réalité des accusations, les montants incriminés ne portent que sur 3 % du budget alors que c’est l’ensemble des soignants qui pâtissent de la décision de la CPAM, qui se sert de leurs salaires comme moyen de pression sur la direction de l’association. Ainsi, fin décembre, sous prétexte que l’association ne s’alignait pas sur les recommandations de l’IGAS, la CPAM a bloqué le versement des subventions. Et, depuis février, les salaires ne sont plus versés. Si les soignants continuent à ce jour à assurer le suivi des patients gratuitement, ce ne sera pas possible longtemps. La CFDT Santé-Sociaux et l’UNSA Santé-Sociaux demandent que l’association soit mise d’urgence sous administration judiciaire pour garantir le paiement des salaires et sauver le dispositif.
Au-delà des dysfonctionnements incriminés par l’IGAS, il semble bien que le gouvernement vise l’ensemble du dispositif. Ainsi les soignants n’auraient, selon lui, pas assez de patients dans les séances d’éducation thérapeutique. Il considère en fait que 100 millions d’euros pour ce dispositif pourtant bien apprécié, c’est trop.