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Bénin : présidentielle bien préparée
Dimanche 12 avril se tenait l’élection présidentielle au Bénin. Le moins qu’on puisse dire est que le suspense était inexistant.
Après dix ans de pouvoir, le président Patrice Talon, un des derniers qui soutient la France dans la région, a fini par céder la place à son poulain. Romuald Wadagni, ancien cadre d’un gros cabinet de conseil français et ancien ministre de l’Économie et des Finances du Bénin, a donc été déclaré vainqueur avec 94,27 % des voix. Pour obtenir ce score colonial, le régime n’a pas lésiné sur les moyens. Des candidats déclarés ont été emprisonnés ou exilés ; d’autres n’ont pas pu trouver les signatures nécessaires pour se présenter, les députés et maires élus en janvier appartenant tous au camp présidentiel. Dans ces conditions, un seul candidat, Paul Hounkpè, avait été autorisé à se présenter contre Wadagni. Encore s’agissait-il de jouer un « match amical », selon l’expression de nombreux Béninois.
Le jour du scrutin, les files d’attente devant les bureaux de vote n’étaient pas longues. Dans certains d’entre eux, l’urne était déjà remplie avant l’ouverture, à 7 heures, voire parfois dès 6 h 20. Pourtant, même dans ces conditions, le désintérêt était tel que les notables ont dû aller chercher les électeurs pour les amener aux bureaux de vote. Confrontés à la crise économique et à la flambée des prix, les milieux populaires n’espéraient rien de ces élections, et les appels au boycott de cette mascarade s’étaient multipliés sur les réseaux sociaux. C’est pourquoi des observateurs ont mis sérieusement en doute le chiffre officiel d’une participation de 63 %.
Pour l’ancienne puissance coloniale, en revanche, cette élection d’un président dévoué est une bonne nouvelle. L’armée française, présente en continu dans le pays depuis l’indépendance, est d’ailleurs intervenue directement le 7 décembre dernier pour sauver le régime de Talon d’une tentative de coup d’État. Quelques semaines avant l’élection, le 19 mars, on a même vu à Cotonou le général Mandon, chef d’état-major des armées françaises, venu rencontrer ses homologues béninois et ivoirien. Après avoir dû quitter le Niger et le Burkina Faso voisins, l’impérialisme français s’accroche ainsi à l’un des derniers fidèles de son pré carré.