Chili : Kast dans les pas de Trump25/03/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/03/une_3008-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans le monde

Chili : Kast dans les pas de Trump

À peine investi, le nouveau président chilien d’extrême droite, José Antonio Kast, a fait débuter dans le nord du pays, à la frontière avec le Pérou, les travaux de creusement d’une tranchée de trois mètres de profondeur et de 500 kilomètres de long, afin d’empêcher le passage des migrants.

Pour l’instant, c’est surtout le commerce local et l’échange de biens entre Péruviens et Chiliens que la nouvelle tranchée, commencée près de la ville d’Arica, risque de gêner. Quand elle sera achevée, elle contraindra les migrants à risquer leur vie dans le désert d’Atacama, une des régions les plus arides de la planète, pour s’éloigner des patrouilles militaires et de la surveillance des drones. Comme Trump, son mentor, qui aime donner à ses décrets des appellations guerrières, Kast a surnommé le sien « bouclier frontalier ».

Autre aspect de sa politique, Kast pourfend la « gabegie » des dépenses publiques. Le jour même de son investiture, il a fait adopter un « audit général de l’État » préalable à un plan massif de réduction des effectifs de la fonction publique et de suppression de programmes sociaux qui va frapper durement les pauvres et les travailleurs chiliens.

Cette politique xénophobe et antiouvrière de Kast n’est pourtant pas une rupture totale avec celle de son prédécesseur de gauche. Le président sortant, Gabriel Boric, impuissant face aux intérêts des riches, des propriétaires fonciers ou des fonds de pension, affichait déjà depuis des mois une posture martiale sur le sujet de l’immigration, se vantant, quelques semaines avant l’élection, de militariser la frontière. Mais là où le gouvernement de gauche tergiversait face aux mouvements sociaux, celui de Kast réprimera sans hésiter. Il l’a montré en graciant immédiatement les militaires et policiers condamnés pour les violences contre les manifestants de 2019. À l’image de Kast lui-même, issu d’une famille bourgeoise ayant directement participé à la répression et aux meurtres de paysans lors du coup d’État militaire de 1973, les nouveaux ministres de la Défense et de la Justice sont d’anciens avocats de Pinochet.

Si Boric critiquait parfois l’attitude agressive des États-Unis dans la région, Kast en sera un des principaux soutiens. Son « bouclier » s’inspire d’un autre, le « bouclier des Amériques », proclamé par Trump début mars en Floride en présence de douze chefs d’État plus réactionnaires les uns que les autres, dont l’argentin Javier Milei, le salvadorien Nayib Bukele, l’équatorien Daniel Noboa, le nouveau président bolivien, Rodrigo Paz et Kast lui-même... Trump est parvenu à formaliser une coalition hostile à la Chine dans laquelle le Chili est la pièce maîtresse. Le pays est en effet le premier producteur mondial de cuivre et le second producteur de lithium et il est une réserve importante de terres rares. Problème, comme ailleurs en Amérique latine, la Chine était jusque-là le principal client.

Alors, dès le 12 mars, le Chili et les États-Unis ont signé une « déclaration d’intention » préalable à un accord concernant l’exploitation de ces minéraux. La veille, l’un des premiers décrets de Kast visait à accélérer les projets miniers en faisant disparaître toutes les contraintes écologiques. Plusieurs groupes miniers américains annoncent déjà leur arrivée. Le Chili est redevenu un allié sincère et dévoué de l’impérialisme américain, décidé à lutter contre l’influence chinoise.

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