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Dans le monde
Détroit d’Ormuz : un blocus qui rapporte aux armateurs
Depuis le mois de février et l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, le détroit d’Ormuz est quasiment fermé à la navigation.
Les conséquences de ce blocus sont nombreuses et connues : spéculation sur les carburants et hausse des prix de l’énergie entraînant une reprise de l’inflation ; arrêt des expéditions d’engrais menaçant la production agricole de l’Inde au Brésil et, par conséquent, des populations déjà démunies ; arrêt de milliers de navires et, en février, séquestration de fait de 20 000 marins.
Il y a, d’après l’organisation maritime internationale (OMI), encore 6 000 marins bloqués dans le Golfe, à bord de leur navire à l’ancre. Mais il y a aussi des armateurs qui demandent aux équipages de forcer le blocus. Des porte-conteneurs et surtout des pétroliers tentent ainsi l’aventure, de nuit, tous feux éteints, coupant leur signalisation satellite et, de fait, avec l’accord sinon la protection de la flotte américaine. La manœuvre consiste à faire passer de petits navires, plus discrets et dont la perte serait moins onéreuse, pour aller ravitailler les grands pétroliers à l’extérieur du Golfe. Depuis février l’OMI recense 115 attaques de navires dans la région d’Ormuz et dans celle de Bab-el-Mandeb, les deux dernières vendredi 16 octobre. Plusieurs bateaux ont coulé, d’autres ont été abandonnés par leur équipage et sont à la dérive. Trente marins y ont laissé leur vie depuis le début de la guerre.
Le Financial Times de Londres écrivait le 16 octobre que les armateurs proposent une prime de 50 000 dollars à des marins dont le salaire de base est de 1 500 dollars pour qu’ils acceptent de prendre le risque. D’autres sources racontent que le salaire des marins est multiplié par trois ou quatre et que celui du capitaine atteindrait 100 000 dollars par mois pour passer le détroit. C’est possible, mais le salaire minimum international des marins reste de 678 dollars par mois et ne concerne évidemment que les compagnies légalement enregistrées. En outre, l’accord de doublement en cas de danger est très rarement respecté. Enfin, il est peu probable qu’on demande leur avis et qu’on offre une prime aux équipages isolés, mal nourris et séparés des leurs depuis un an ou plus.
Il est certain, en revanche, que le prix facturé par les armateurs pour un pétrolier est passé de 50 000 à plus d’un million dollars par jour, et là-dessus, on peut croire le Financial Times !