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Dans le monde
Détroit d’Ormuz : l’engrenage de la guerre
Quatre semaines après le début de la guerre, le régime iranien ne s’est pas effondré et conserve les moyens de riposter aux bombes israélo-américaines. Il vise les infrastructures de divers pays du golfe Persique et bloque le très stratégique détroit d’Ormuz, ce qui affecte toute l’économie mondiale.
Samedi 21 mars, Trump menaçait de « bombarder les centrales électriques iraniennes » si le régime « ne débloquait pas le détroit d’Ormuz dans les 48 heures ». Lundi 23, il repoussait cet ultimatum en affirmant, contre toute évidence, « qu’une résolution complète et totale des hostilités est en vue ». Aussitôt, le cours du baril de pétrole brut tombait de 108 à 93 dollars. Autre signe de la fébrilité de Trump face à la crise pétrolière qu’il a lui-même déclenchée : il a fait lever les sanctions contre le pétrole iranien pour tenter de faire baisser son prix en augmentant l’offre disponible. Cela pourrait rapporter 14 milliards de dollars à l’Iran.
Le blocage du détroit d’Ormuz, par où transite un cinquième du pétrole mondial et dans lequel 3 200 navires sont actuellement coincés, n’a pas seulement pour effet de faire flamber le prix du gaz et du pétrole sur les marchés internationaux, sous l’effet de la spéculation et parce que les stocks se réduisent. Il affecte de multiples façons l’économie mondiale : le trafic maritime est désorganisé, provoquant une hausse des prix et des retards de livraison ; des usines sont mises à l’arrêt ou au ralenti dans des pays d’Asie comme l’Inde ou le Bangladesh, faute de carburant ou de matières premières, ce qui va perturber en cascade la production dans divers secteurs industriels.
En attaquant l’Iran au côté de son allié Netanyahou, Trump a visiblement sous-estimé la capacité de résistance du régime iranien et ouvert la boîte de Pandore. Comme l’a formulé Jim Mattis, ancien secrétaire à la Défense de Trump en 2017, devenu très critique : « On peut dire qu’on arrête la guerre ; on peut même proclamer la victoire », mais dans ce cas les pays du Golfe, entraînés malgré eux dans cette guerre, « resteront sous la menace de l’Iran ». Et Mattis de conclure : « Nous sommes dans une situation difficile […] sans bonnes options. »
L’autre option américaine est d’intensifier la guerre pour libérer par la force le détroit d’Ormuz. Cela signifierait détruire des infrastructures iraniennes vitales et provoquer une riposte contre les installations pétrolières et les usines de dessalement des pays du Golfe, ce qui entraînerait des effets bien pires pour l’économie mondiale. En outre, reprendre durablement le contrôle du détroit d’Ormuz imposerait d’une façon ou d’une autre que des troupes américaines ou pro-américaines débarquent sur les côtes iraniennes. À ce jour, l’armée des États-Unis a annoncé l’envoi dans la région de 5 000 soldats, avec des engins amphibies, sans préciser aucun objectif. Mais une opération terrestre, même contre une armée iranienne affaiblie, exigerait en fait des dizaines de milliers de soldats sinon davantage encore.
Une telle option, l’aggravation de la guerre au risque d’entraîner toute la planète, n’est pas exclue et pas seulement parce que le versatile et mégalomane Trump est au pouvoir. Bien avant que celui-ci n’arrive à la Maison Blanche, les dirigeants de l’impérialisme américain se sont lancés, à plusieurs reprises, dans de telles aventures. De l’Afghanistan à l’Irak, ils n’ont jamais hésité à mentir pour justifier des guerres, à les lancer sans plan pour le jour d’après et sans considération ni pour leurs propres soldats ni pour les peuples qu’ils plongeaient dans la barbarie.