Domo – Saint-Fons : vol en bandes organisées18/02/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/02/une_3003-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Domo – Saint-Fons : vol en bandes organisées

Début janvier, les branches allemande, espagnole et française du groupe chimiste belge Domo ont été mises en redressement judiciaire.

En France, sont concernés les sites Domo Polytechnyl, qui fabriquent des polyamides pour l’industrie dans les usines de Saint- Fons au sud de Lyon et de Valence dans la Drôme. À Saint-Fons, après la fermeture d’un atelier et un plan de suppressions de 155 postes (PSE), décidés au cours de l’année 2025 et ayant entraîné des mobilisations, c’est la menace d’une fermeture définitive qui s’abat sur les 540 travailleurs qui restent sur les deux sites.

Le 30 décembre, ils ont appris la situation par un message annonçant le non-paiement des salaires du mois. Depuis, le régime de garantie des salaires (AGS), une assurance financée par les cotisations patronales, a fini par payer la plupart des sommes dues. Ceux dont le licenciement tombait en décembre viennent enfin de toucher leur solde de tout compte comprenant leur prime de licenciement, mais sans la prime supra-légale obtenue après les grèves du printemps.

Le redressement judiciaire ayant suspendu l’application du PSE, les indemnités de licenciement ont été calculées sur une base moins favorable, car la prise en charge des AGS est plafonnée à 96 000 euros en tout et pour tout. Dans les faits, les travailleurs licenciés ont touché des primes de licenciement bien moins élevées et ils ont à présent le légitime sentiment d’avoir été volés. Quant à ceux dont le poste a été supprimé lors du PSE et qui sont actuellement soit en préavis soit en congés reclassement, ils se trouvent dans un vide juridique avec l’incapacité de se projeter à court terme.

Dans l’usine, l’ambiance est particulière : des sous-traitants qui n’ont pas été payés sont partis, d’autres ont réduit les effectifs. Des machines à café et des distributeurs de sandwichs ont même été enlevés par les prestataires, eux aussi non payés. L’usine tourne au ralenti, et cela pèse sur le moral. La direction, responsable de cette situation catastrophique, a pourtant eu le culot de réclamer des efforts pour plaire à d’hypothétiques repreneurs !

En 2019, les deux géants de la chimie Solvay et BASF s’étaient entendus : Solvay voulait se débarrasser des usines produisant des polyamides jugées trop gourmandes en capitaux, pas suffisamment rentables et exigeant trop d’investissements, mais BASF ne pouvait pas les acheter car en situation de monopole. Le groupe Domo, sorti du placard pour l’occasion, a racheté une partie des polyamides en faisant un emprunt, dont la charge a été reportée sur les usines, donc sans qu’il ait quoi que ce soit à débourser lui-même. Cet emprunt a été ajouté aux dettes, ce qui a amené au redressement financier actuel du groupe.

La procédure juridique de redressement judiciaire, en coupant tous les liens entre Polytechnyl et le groupe Domo, permet à présent au patron de ce groupe, le milliardaire belge Jan De Clerck, de s’affranchir de toute obligation envers les travailleurs.

Caché derrière le secret des affaires, ces capitalistes ont ainsi siphonné le produit du travail, avant de mettre les usines en faillite sans payer les dettes et les indemnités dues aux travailleurs. Ce n’est pas la justice bourgeoise qui ira demander des comptes à ces riches familles, mais les travailleurs de Domo alliés aux milliers d’autres qui les entourent dans le couloir de la chimie.

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