- Accueil
- Lutte ouvrière n°3030
- À droite : surenchère antimigrants
Leur société
À droite : surenchère antimigrants
Les 21 et 22 août, Édouard Philippe, ancien Premier ministre de Macron et candidat à sa succession, a fait le déplacement à Mayotte pour y déballer un discours violemment antimigrants, aimablement repris par les médias.

Arguant d’une immigration massive venue des Comores, Philippe promet de revenir sur le droit d’asile et le regroupement familial, au moins dans ce département d’outre-mer. Et de proposer d’expulser les résidents illégaux vers une prison, quelque part en Afrique de l’Est.
Ses concurrents politiques directs ont aussitôt embrayé sur le même terrain : Attal, qui s’est récemment signalé par des propos répugnants sur les gens du voyage, a rappelé sa politique de quotas d’immigrés, par profession et par région ; les soutiens de Retailleau ont vu dans les propos de Philippe une promesse de rapprochement politique ; Le Pen a salué le ralliement du candidat aux propositions du RN ; Lecornu a annoncé un prochain déplacement à Mayotte, sans doute pour participer comme les autres à ce concours d’insanités xénophobes.
L’État français et ses représentants politiques, y compris à gauche, tiennent à Mayotte pour des raisons stratégiques, militaires et économiques. Contraint d’en faire un département, l’État a accordé le droit de vote et la carte d’identité aux Mahorais, mais pas grand-chose d’autre. Lorsque le cyclone Chido a ravagé l’île en décembre 2024, le gouvernement a été plus prompt à y envoyer des gendarmes que des secours et l’île ne s’est toujours pas relevée de la catastrophe. Pourtant, même dans ces conditions, pour les Comoriens des îles voisines, que la colonisation par la France a laissées dans un océan de misère, comme pour les populations de régions d’Afrique en proie à la famine et à la guerre civile, Mayotte représente un espoir d’une vie meilleure, voire d’une vie tout court. Dans ces conditions, aucune mesure, aussi brutale soit-elle, n’empêchera jamais une jeunesse courageuse de tenter sa chance, à Mayotte ou ailleurs.
Philippe et les autres le savent, évidemment, mais leurs discours ont un but politique, au-delà même de leur concurrence. Ils dressent la fraction française de la population contre sa fraction immigrée, ceux qui ont des papiers contre les illégaux, les pauvres contre les encore plus pauvres. Ils sont prêts à provoquer une guerre entre opprimés afin que leur ordre et la présence française à Mayotte demeurent. La guerre qu’ils annoncent contre les migrants dans l’océan Indien, tous leurs discours le montrent, ils la préparent également en Europe et pour les mêmes raisons : affaiblir le camp des travailleurs en le divisant ; protéger ainsi les intérêts et le pouvoir des puissants.
Pour les travailleurs qui ont les « bons » papiers, à Mayotte comme à Dunkerque ou ailleurs, défendre le droit de circuler de tous, partout, n’est pas une simple question d’humanité et de fraternité. C’est une nécessité politique dans le combat pour leur émancipation.