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Leur société
Enracinement du RN : la responsabilité de la gauche
Si le RN n’a pas réussi à gagner les mairies de Marseille, Toulon et Nîmes, ce qu’il espérait à l’issue du premier tour des municipales, il a pris la tête de 70 villes moyennes et revendique 3 000 conseillers municipaux.
À part Nice, gagnée par Éric Ciotti, allié du RN depuis 2024, et Perpignan, où Louis Alliot a été réélu dès le premier tour, le RN n’a pas emporté de ville de plus de 100 000 habitants. Mais il a gagné des villes petites et moyennes dans plusieurs régions où ses scores importants se confirment élection après élection. Sur le pourtour méditerranéen, il conserve Fréjus et gagne diverses villes, de Menton à Rivesaltes en passant par Tarascon et Agde. Dans le Sud, il gagne Castres. Dans le Nord et l’Est, il prend notamment Liévin, Lillers, Saint-Avold. Dans le centre, il remporte Montargis et Amilly, tandis qu’un zemouriste gagne Vierzon. Sans les avoir emportées, le RN fait de gros scores dans des villes comme Saint-Étienne, Valenciennes, Wattrelos ou Chatellerault.
Ces élections municipales confirment l’enracinement du RN dans les milieux qu’il touche depuis des années. Outre son vieil électorat raciste, xénophobe ou nostalgique de la France coloniale, outre les voix de plus en plus nombreuses de la petite bourgeoisie des villes petites et moyennes, inquiète d’être déclassée, le RN obtient de nombreuses voix parmi les classes populaires des régions frappées depuis des décennies par les fermetures d’usines, le chômage et la précarité.
Ce vote populaire pour un parti « qu’on n’a jamais essayé » reflète la démoralisation, la résignation et la recherche d’un sauveur suprême, fût-il un ennemi avéré de sa classe. Mais il reflète surtout le dégoût engendré par les partis de gauche, le PCF et le PS, qui avaient, dans ces régions, la confiance des travailleurs. Ces partis l’ont irrémédiablement perdue après leurs passages successifs au pouvoir où ils ont mené des politiques antiouvrières, accompagné les fermetures d’usines, exaucé toutes les demandes patronales en démolissant les droits des travailleurs. Que des villes ouvrières comme Vierzon, Liévin, Hénin-Beaumont ou Hayange, dirigées pendant des décennies par des maires issus du PCF ou du PS, le soient désormais par l’extrême droite, est la marque de la faillite de la gauche de gouvernement. Ni les fronts républicains ni l’ostracisation des travailleurs qui se fourvoient avec le RN n’inverseront la tendance. Seul le retour à une politique s’appuyant sur la conscience de classe et favorisant les luttes collectives le permettra.