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Espagne : “Nous sommes tous Maricarmen”
À Madrid, mardi 23 septembre, l’expulsion d’une octogénaire de son logement, à grand renfort d’intimidation policière, a suscité une vague d’indignation réunissant en quelques jours des centaines de milliers de manifestants et débouchant sur une occupation de la place centrale, la Puerta del Sol.

Maricarmen Abascal, 87 ans, expulsée de l’appartement où elle vivait depuis 70 ans et dont l’entreprise propriétaire a augmenté le loyer de plus de 200 %, est devenue un symbole de la violence et de l’acharnement de la spéculation immobilière qui chasse les familles populaires des grandes villes, où il faut parfois consacrer deux tiers de son salaire à se loger. C’était la quatrième tentative, les autres ayant échoué devant la mobilisation organisée principalement par le Syndicat des locataires de Madrid. Après un rassemblement de 500 personnes la veille de l’expulsion, à l’issue duquel des protestataires ont été brutalisés par la police, une vague de manifestations a parcouru les grandes villes. Des familles populaires, des jeunes, des personnes âgées, tous se reconnaissent dans l’histoire de Maricarmen car l’explosion des loyers depuis des années les plonge dans la pauvreté et les ramène aux pires angoisses de la crise immobilière des années 2000.
Comme à l’époque, les coups pleuvent sur les travailleurs tandis que la corruption et la spéculation s’étalent aux yeux de tous. Au moment de l’expulsion de Maricarmen se tenait à quelques encâblures un salon international de l’immobilier, inauguré par la présidente de la communauté de Madrid, Isabel Diaz Ayuso, elle-même mise en cause pour plusieurs tripatouillages impliquant l’achat et l’usufruit de luxueux appartements dans la capitale. L’application de la politique du logement étant une compétence régionale, le cynisme de la présidente de droite, qui a ironisé sur la situation de cette dame, a particulièrement scandalisé.
La colère a donc débordé et, dès dimanche soir 27 septembre, la protestation de milliers de personnes prenait la forme d’une occupation de la Puerta del Sol, où se trouve le siège du gouvernement régional. Cette occupation, l’installation de tentes et l’organisation collective, peuvent rappeler le mouvement des Indignés de 2011 ; le premier objectif des occupants était déjà de faire pression sur le gouvernement pour que le décret anti-expulsions qui dormait dans un tiroir soit promulgué d’urgence.
La mobilisation pouvait arracher un geste à ce gouvernement de gauche, qui s’est jusqu’ici caché derrière la décentralisation et le blocage parlementaire pour justifier son inaction. Rien d’étonnant de la part d’un Pedro Sanchez qui répétait jusqu’à récemment à qui voulait l’entendre que le logement est un marché, et qui n’a pas hésité à envoyer la police nationale pour encadrer l’expulsion afin de faire respecter le droit de propriété. Or c’est à la propriété des immeubles et des capitaux qu’il faut s’attaquer pour résoudre le problème du logement, en Espagne comme ailleurs.
Comme l’a dit Maricarmen elle-même aux manifestants venus la soutenir : « On voit que ces gens feraient n’importe quoi pour de l’argent. Je vous en prie, luttez, ne restez pas chez vous. Nous avons le droit de vivre. »