Groenland : le prochain sur la liste ?07/01/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/01/une_2997-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans le monde

Groenland : le prochain sur la liste ?

Quelques heures à peine après son coup de force au Venezuela, Trump s’est donné deux mois pour « s’occuper » du Groenland. Et un de ses aides de camp de renchérir, affirmant que « personne ne va se battre militairement avec les États-Unis pour l’avenir du Groenland ».

L’impérialisme américain, et pas seulement Trump et son équipe, a depuis longtemps les yeux tournés vers cette île grande comme l’Europe de l’ouest mais peuplée seulement de 57 000 habitants, et, au-delà, vers l’Arctique. La fonte des glaces consécutive au réchauffement climatique libère des possibilités d’exploitation minière et des voies maritimes. Dans les passages libres de glaces, contourner par le nord le continent américain ou le continent eurasiatique devient possible et permet d’économiser près de la moitié du trajet Asie-Europe et Asie-New York.

Aujourd’hui l’expédition n’est pas sans risque et les navires ordinaires ne s’y risquent pas. En septembre 2025 un cargo néerlandais de 172 mètres s’est échoué au nord du Canada et il avait fallu deux brise-glace pour le sortir de ce mauvais pas. Le gaz exploité dans la presqu’île de Yamal, en arctique russe, ne peut partir vers l’Europe et l’Asie que dans des méthaniers brise-glace spécialement conçus. Ils sont en outre surveillés par les brise-glace à propulsion nucléaire de la marine russe, la plus performante dans ce domaine. Mais chaque grande puissance n’en place pas moins ses pions et prépare le dégel. Et si chacun renforce ses capacités maritimes, en particulier dans la construction de navires polaires et dans l’établissement de bases permanentes, les États-Unis se portent carrément acquéreurs, voire accapareurs du Groenland.

Cette île leur donnerait en effet un accès supplémentaire à l’Arctique et un poste d’observation au carrefour des deux routes du nord. Le contrôle des passages maritimes, Gibraltar, Malacca, Panama, Suez, Aden, Hong Kong, cap Horn, cap de Bonne Espérance etc., a été une constante de la politique impériale, celle de la Grande-Bretagne jusqu’en 1914, celle des États-Unis depuis. Si aujourd’hui un passage se libère, l’impérialisme entend en prendre possession.

Le Groenland fait juridiquement partie de l’Union européenne en tant que territoire autonome du Danemark. Face aux prétentions de Trump, les gouvernements français, allemand, britannique etc., ont donc renouvelé leurs protestations et les rappels au droit international, au respect des traités, à la bonne amitié entre Occidentaux etc. Rien n’y fait alors que les États-Unis veulent le contrôle de cette route maritime et sont prêts pour cela à s’emparer du Groenland, voire à contraindre le Canada à devenir un de leurs états fédérés. De plus, en cas de conflit généralisé, le Groenland constituerait, encore plus que lors de la Seconde Guerre mondiale, une base avancée indispensable pour les États-Unis, ce que leur état-major souligne à l’envi. Pour les généraux comme pour Trump, dominer le Groenland est donc aussi, une question de « sécurité nationale ».

La réaction des États européens a tout de l’aveu de faiblesse comme le montre, par exemple, la politique danoise. Le jour même où Trump renouvelait ses menaces, l’armée danoise signait un contrat pour l’achat, le maniement et la maintenance de trois avions de surveillance maritime et militaire avec… les États-Unis. Les dirigeants européens ne craignent sans doute pas d’être traités comme le vénézuélien Maduro et traînés devant un tribunal étatsunien sous quelque accusation fantaisiste. Mais ils ont tout simplement conscience que l’impérialisme américain est le plus fort et que, qu’ils le veuillent ou non, ce qu’il désire s’accomplira.

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