Hongrie : une échéance difficile pour Orban08/04/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/04/une_3010-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg

Dans le monde

Hongrie : une échéance difficile pour Orban

En Hongrie, les élections législatives prévues le 12 avril pourraient être difficiles pour le Premier ministre sortant, Victor Orban. En effet, lui et son parti, le Fidesz, sont en chute libre dans les sondages, comme jamais auparavant.

La campagne du Fidesz a pris pour axe l’opposition au soutien à l’Ukraine, qui est en effet le principal argument populaire dans l’opinion. Sur de grands panneaux, le Fidesz diabolise Zelensky et insinue que le parti d’opposition est « pro-ukrainien ». Mais si cette propagande a permis à Orban d’être reconduit lors des élections de 2022, elle pourrait ne pas suffire cette fois-ci.

Le principal adversaire du Fidesz est un nouveau parti, Tisza, qui rassemble nombre de ses anciens membres. Son chef, Péter Magyar, est un ancien dirigeant du Fidesz et l’ex-mari d’une ancienne ministre de la Justice du gouvernement Orban. Tisza est le produit d’une scission du Fidesz et il a pu rapidement prendre la place des anciens partis d’opposition, usés au fil des ans.

Une fraction de la bourgeoisie soutient le nouveau parti d’opposition. Son candidat au poste de ministre de l’Énergie et de l’Économie est un ancien vice- président de Shell, István Kapitány. Sa candidate au poste de ministre des Affaires étrangères, Anita Orbán, est liée au lobby du gaz naturel liquéfié. Cela n’a pas empêché les partis considérés comme à gauche de se rallier à Tisza, laissant la seule extrême droite exprimer vraiment une opposition.

Dans un discours, Orban s’est dit conscient d’avoir perdu la plupart de ses électeurs urbains et intellectuels et a conclu qu’il ne pouvait plus compter que sur les voix ouvrières. Bien des travailleurs sont en effet inquiets du danger de guerre, davantage que les classes moyennes urbaines qui ne voient là qu’une manœuvre d’Orban pour faire peur à l’électorat.

En réalité, le gouvernement du Fidesz, tout en se disant opposé à la politique pro- ukrainienne de l’Union européenne, s’est engagé lui aussi dans la marche à la guerre. Le budget militaire a été augmenté et le porte- parole du gouvernement a déclaré qu’il « envisagerait » d’envoyer des soldats en Iran si Trump le lui demandait.

Lors de cette campagne, Trump a soutenu Orban, présenté comme « un véritable ami » et J.D. Vance, son vice-président a même fait le voyage pour le montrer. En même temps, ses services ont aidé à la campagne de Tisza dénonçant la collusion d’Orban avec Poutine. L’impérialisme américain a ainsi gardé deux fers au feu pour s’assurer d’avoir, quel que soit le résultat, un allié au gouvernement de la Hongrie.

Les intérêts des classes populaires sont donc les grands absents. Pourtant, leur situation matérielle n’a cessé de se dégrader. La classe ouvrière en particulier, concentrée pour une bonne part dans de grandes usines et complexes industriels, notamment de l’automobile, a connu une baisse continue de son pouvoir d’achat.

Le mépris envers la population ouvrière a été une constante de tous les gouvernements qui se sont succédé en Hongrie depuis 2002, « socialistes » d’abord, puis sous la direction d’Orban depuis 2010. Il a été illustré par le scandale de la grande usine de batteries Samsung à Göd, près de Budapest, qui a intoxiqué les travailleurs et la population. Le fait était connu des autorités mais quand, en 2023, le gouvernement a délibéré sur un rapport de ses services montrant l’aggravation de cette pollution, il a décidé... de ne rien faire. Ce n’est que suite à des manifestations de la population que Samsung a dû engager des travaux pour, a-t-il dit, « supprimer les risques ».

La comédie électorale actuelle n’apportera évidemment rien à la classe ouvrière hongroise. Celle-ci ne pourra contrer cette dégradation continue de ses conditions d’existence sans retrouver le chemin de la lutte qu’elle a su prendre au cours de son histoire, en particulier lors des mouvements révolutionnaires de 1919 et 1956.

Partager