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Dans le monde
IA : spéculation et anarchie
Mi-août, Nvidia et ChatGPT se sont mis d’accord pour financer la construction du plus grand centre de données au monde. Ce centre est en cours de construction aux États-Unis dans l’Ohio.

Nvidia a mis sur la table une garantie de 105 milliards de dollars, tandis que ChatGPT s’est engagé à le louer pendant vingt ans. Il abritera plus de 1,5 million de puces, bien évidemment fournies par Nvidia. Pour les alimenter, il faudra construire une centrale électrique dont la puissance sera équivalente à ce que consomment six millions de foyers américains !
Avec la bulle spéculative de l’IA, des capitalistes de tout horizon trouvent facilement des fonds pour construire des centres de données un peu partout sur la planète. Leur objectif est d’en louer l’accès aux entreprises du secteur au meilleur prix, si toutefois la bulle ne finit pas par exploser. En attendant, peu leur importent les conséquences pour les populations locales ou pour le climat. Dans l’Oise, 300 personnes se sont mobilisées mi-août contre l’installation de deux centres de données. Le promoteur met en avant un investissement de 4 milliards d’euros et 150 emplois, mais les riverains dénoncent ces « radiateurs géants » qui se nourrissent de quantités astronomiques d’eau et d’électricité – ils dévoreraient quatre fois ce que les habitants des dix communes avoisinantes consomment. Selon la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de l’Oise, ils sont aussi susceptibles de laisser s’échapper les polluants éternels contenus dans les liquides de refroidissement nécessaires à leur fonctionnement.
En France, l’implantation des data centers a été facilitée par la récente loi de « simplification de la vie économique ». Plus de 500 data centers devraient être en service d’ici 2030, pour 69 milliards d’euros d’investissements. Leur consommation électrique pourrait atteindre 40 TWh, soit la consommation électrique annuelle moyenne d’environ neuf millions de ménages, l’équivalent de la production de cinq à six réacteurs nucléaires.
Dans les pays pauvres, la course aux datas centers est encore plus choquante. France 24 rapportait, il y a peu, le cas d’un township en bordure du Cap en Afrique du Sud, où les habitants sont quotidiennement confrontés à des pénuries d’eau potable et d’électricité, et où la construction de deux nouveaux centres, approuvée sans études préalables sur leur impact ni consultation des riverains, menace un peu plus leur accès à ces denrées vitales. En Afrique subsaharienne, 600 millions de personnes habitent dans des bidonvilles et n’ont qu’un accès limité ou épisodique à l’électricité et à l’eau, mais des entreprises trouvent des milliards pour y construire des centres de données et faire fonctionner leurs millions de puces.
L’intelligence artificielle est sans aucun doute un immense progrès technique. Mais la priorité de la classe capitaliste, c’est le profit, quitte à assoiffer les pauvres, à les priver d’électricité, et à faire chauffer un peu plus la planète.