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Dans le monde
Inde : Macron en tournée d’affaires
En visite en Inde du 17 au 19 février, Macron s’emploie à soigner les relations commerciales et diplomatiques de la bourgeoisie française dans le sous-continent, en toute amitié avec son homologue, l’ultranationaliste Narendra Modi.

À cette occasion, Macron est accompagné d’une délégation d’une centaine de patrons. Parmi eux, Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, venu finaliser un contrat colossal portant sur la vente d’avions de combat Rafale. Les deux présidents inaugureront une chaîne d’assemblage d’hélicoptères Airbus. Les dirigeants de CMA CGM, EDF, Schneider Electric, Safran, Naval Group sont également du voyage. Aujourd’hui déjà, près de 700 entreprises françaises sont implantées en Inde, où elles emploient environ 575 000 salariés. Le contexte est favorable au développement de leurs affaires : tandis que Trump a imposé des droits de douane de 50 % sur les importations indiennes aux États-Unis, un accord de libre-échange entre l’Inde et l’Union européenne a été conclu le 27 janvier. S’il est ratifié par les États et le Parlement européen, il promet une forte baisse des droits de douane à l’importation et à l’exportation. Les entreprises françaises entendent bien profiter ainsi encore plus de l’immense marché de ce pays de 1,4 milliard d’habitants qui compte, au milieu d’un océan de pauvreté, plusieurs centaines de millions de consommateurs potentiels. Elles cherchent aussi à tirer parti des salaires indiens, souvent inférieurs à 400 euros.
Ces perspectives méritent bien de fermer les yeux sur la politique de Modi, au pouvoir depuis 2014. Corruption et clientélisme persistent dans le pays, tandis que Modi promeut un fondamentalisme hindou agressif, désigne les 200 millions de musulmans du pays comme des ennemis de l’intérieur, et entretientles tensions au Cachemire et à la frontière avec le Pakistan. Loin des promesses de « Nouvelle Inde », « sûre et prospère », sur lesquelles Modi fait campagne lors des élections, seuls les plus riches bénéficient de sa politique. Les 100 plus grandes fortunes indiennes ont augmenté de 40 % en 2024 : ce groupe d’ultrariches possède collectivement 1 000 milliards de dollars. Les classes populaires indiennes, elles, subissent un dénuement et une précarité généralisée : 800 millions de personnes dépendent de l’aide alimentaire et près de 80 % des travailleurs relèvent du « secteur informel », c’est-à-dire travaillent sans contrat et sans droits. Mais cette situation n’est pas pour gêner Macron, ni les dirigeants des grandes entreprises françaises : les affaires sont les affaires.