Intelligence artificielle : faut-il en avoir peur ?22/07/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/07/une_3025-c.jpg.445x577_q85_box-16%2C0%2C1287%2C1649_crop_detail.jpg2026-07-22

Dans les entreprises

Intelligence artificielle : faut-il en avoir peur ?

Les annonces de licenciements sous prétexte du développement de l’intelligence artificielle (IA) se multiplient. Dans le seul secteur bancaire, des projections patronales évoquent jusqu’à 200 000 suppressions d’emplois avec le déploiement de l’IA générative.

L’essor d’applications grand public comme ChatGPT, Claude ou Gemini fait naître toutes sortes d’inquiétudes sur les conséquences de la mise en œuvre de l’IA. Faut-il en conclure que l’IA est un danger ?

Comme toute innovation technique, l’intelligence artificielle ouvre des possibilités nouvelles. Qu’elles deviennent un progrès pour l’humanité ou, au contraire, se retournent contre elle dépend moins de la technologie elle-même que de la société dans laquelle elle est développée.

Le nom est d’ailleurs trompeur : il ne s’agit pas d’une intelligence au sens où on l’entend pour un être humain. En traitant à grande vitesse d’immenses masses de données, l’IA repère des régularités statistiques et produit des textes, des images, du code informatique ou des synthèses. Et par exemple elle améliore déjà le dépistage de certaines maladies, accélère la recherche scientifique, facilite la traduction, simplifie la logistique ou la gestion des transports.

Dans une société dominée par la concurrence et le profit, les entreprises qui développent l’IA n’ont pas pour objectif le progrès collectif. L’automatisation du travail est utilisée par les patrons contre les travailleurs : les gains de productivité servent à supprimer des emplois tout en accentuant la pression sur ceux qui restent. Le déploiement de l’IA entraîne aussi l’apparition de nouvelles formes d’exploitation, comme, souvent, celles des travailleurs chargés d’entraîner ou d’annoter les modèles dans des pays pauvres. Son coût énergétique n’est pas davantage pris en compte.

Les effets pour la collectivité ne sont pas le problème des capitalistes, pour qui l’IA représente avant tout un nouveau marché. Comme toujours, leurs investissements visent moins à satisfaire des besoins sociaux qu’à dégager des profits. L’IA est donc utilisée pour rendre les drones militaires plus meurtriers, pour planifier les bombardements, ou perfectionner encore la spéculation financière. Quant aux outils d’IA destinés au grand public, ils sont développés par quelques grands groupes privés dont le modèle économique repose sur la captation de l’attention pour rendre les usagers dépendants. La qualité du contenu vendu n’est pas un objectif en soi ; seule compte la rentabilité du marché. Et comme les IA répondent à partir des contenus sur lesquels elles sont entraînées, si ceux-ci comportent des préjugés, des erreurs ou reflètent les idées dominantes, leurs réponses tendront à les reproduire.

Les conséquences sociales de l’IA ne dépendent donc pas tant de ses capacités techniques que de la société dans laquelle elle se développe. Tant qu’elle sera aux mains de grands groupes capitalistes, ses possibilités ne pourront être mises au service de tous. Une société organisée pour répondre aux besoins collectifs pourrait au contraire réduire le temps consacré aux tâches automatisables et mettre à la disposition de tous des outils d’information, de traduction et de compréhension du monde toujours plus efficaces.

La question n’est pas d’être pour ou contre l’intelligence artificielle. Elle est de contester le pouvoir des capitalistes de manier les technologies et le travail humain dans leur seul intérêt, et de s’organiser pour que les travailleurs prennent en main l’économie et la société afin que l’activité et l’intelligence collectives de l’humanité lui profitent enfin.

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