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Dans le monde
Iran : les crimes du régime et les manœuvres de l’impérialisme
Au fur et à mesure que les communications se rétablissent entre l’Iran et le reste du monde, les témoignages révèlent l’ampleur des massacres perpétrés par les dirigeants de la République islamique pour réprimer la révolte populaire.

Alors que le régime reconnaît 3 000 morts, en gonflant artificiellement le nombre de policiers et de miliciens bassidjis tués par ceux qu’il qualifie de « terroristes », le nombre de manifestants abattus entre le 8 et le 10 janvier pourrait dépasser 30 000. Cent mille autres auraient été blessés, plusieurs dizaines de milliers arrêtés, jusque dans les hôpitaux. Des survivants réfugiés à la frontière turque racontent la traque des manifestants par des policiers ou des miliciens chauffés à blanc. Des soignants décrivent des hôpitaux submergés par des blessés à l’arme de guerre, des médecins obligés d’amputer des membres infectés, manquant de sang pour les transfusions, des blessures à la tête et en particulier aux yeux. Des familles de prisonniers font état de cellules surchargées, avec des blessés non soignés et des détenus torturés.
Déjà les précédentes mobilisations, qui ont entraîné depuis 2017 diverses fractions de la société iranienne, la jeunesse, les femmes, les classes populaires, ont toutes été durement réprimées. Mais celle démarrée le 28 décembre par les commerçants du Bazar de Téhéran a rapidement entraîné des personnes de tous les âges et de tous les milieux sociaux, y compris des petits bourgeois conservateurs longtemps fidèles au régime. Confrontés à une révolte qui menaçait leur pouvoir, disposant de moins en moins de soutien dans le pays, les dirigeants ont consciemment programmé une saignée pour terroriser tout un peuple.
L’ayatollah Khamenei et les chefs des Pasdarans ont agi pour défendre les intérêts des classes privilégiées iraniennes, qui ont pu craindre de tout perdre face à une révolte sociale. Un éditorialiste du Figaro demandait : « Peut-on se représenter une société souillée du sang de trente mille des siens ? » Il devrait pourtant se l’imaginer car trente mille morts, c’est à peu près le nombre d’ouvriers parisiens assassinés lors de la répression de la Commune de Paris de 1871, du sang desquels la Troisième République française est restée « souillée ».
Ceux qui, parmi les dirigeants de l’impérialisme, font mine de s’indigner aujourd’hui devant ce massacre en sont en réalité complices. De l’Afghanistan à l’Irak, ils ont su collaborer avec le régime iranien chaque fois que c’était nécessaire. Ce que les dirigeants occidentaux lui reprochent n’est pas d’être une dictature mais de ne pas se conformer assez à leurs intérêts, de soutenir le Hezbollah ou le Hamas, de maintenir des relations économiques avec la Russie et la Chine, deux pays qu’ils cherchent à isoler. Comme l’a formulé un rescapé de la répression : « Les Américains ou les Européens veulent juste faire des affaires avec l’Iran. »
Trump s’est donné le beau rôle en lançant aux manifestants début janvier : « Prenez le contrôle de vos institutions, beaucoup d’aide est en route ! » Ce n’était évidemment que des mots car ce n’est pas Trump qui allait aider les manifestants, lui qui a plutôt l’habitude de les réprimer. En réalité, même quand ils manifestent en Iran, il préfère les voir écrasés. Le sale travail fait par le régime, c’est autant de moins qu’aura à accomplir une éventuelle armée d’occupation.
La révolte populaire semblant matée, les États-Unis peuvent envoyer tranquillement une armada dans le golfe Persique, menacer de bombarder l’Iran comme ils l’ont fait en juin 2025, tout en se présentant comme des libérateurs. Il est certain que les divers services américains, et leurs alliés israéliens, manœuvrent pour faire émerger une éventuelle alternative à Khamenei et à ses sbires. Mais leur problème est aussi de préserver autant que possible un appareil d’État, avec ses forces répressives, capable de faire marcher au pas la population. Dans ce but, tous les réseaux et les médias pro-américains ont propulsé sur le devant de la scène Pahlavi, le fils du chah, le dictateur renversé en 1979. Aujourd’hui présenté comme un recours par diverses figures de la diaspora iranienne, il parie sur le ralliement de fractions du régime, aujourd’hui déconsidéré.
Mais aucune solution imposée par les bombes ou les manœuvres de l’impérialisme américain ne permettra aux travailleurs et aux classes populaires d’Iran de vivre décemment et librement.