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Dans le monde
Iran : l’acharnement des États-Unis
Si les dirigeants de l’impérialisme ont déclenché leur guerre contre l’Iran, ce n’est ni parce que la République islamique est une dictature ni à cause de son programme nucléaire.
Les dirigeants iraniens refusent de s’aligner derrière les États- Unis et, avec plus de 90 millions d’habitants et de fortes capacités industrielles, l’Iran est une puissance régionale capable de contrecarrer l’hégémonie des États-Unis.
Toute l’histoire des relations entre les États-Unis et l’Iran est marquée par la volonté américaine d’imposer coûte que coûte les intérêts de leurs capitalistes, même s’ils n’excluent pas toujours des collaborations avec le régime iranien.
De la tutelle américaine au renversement du chah
En 1953, la CIA organisait un coup d’État contre le Premier ministre iranien de l’époque, Mohammad Mossadegh. Celui-ci n’était ni communiste ni islamiste. Il était un nationaliste libéral, formé en Europe, grand propriétaire terrien. Mais il avait osé nationaliser le pétrole iranien, exploité par la compagnie britannique AIOC, ce qui lui avait valu un grand soutien populaire.
Britanniques et Américains organisèrent le renversement de Mossadegh et renforcèrent le pouvoir du chah, le roi en persan. L’armée du chah fut équipée et entraînée par les États-Unis, faisant de l’Iran un de leurs importants instruments militaires au Moyen-Orient.
À l’intérieur, la police politique, la Savak, arrêtait et torturait les opposants politiques, qu’ils soient nationalistes libéraux, militants de gauche, communistes de différentes tendances, staliniennes ou maoïstes et d’autres encore.
En 1978, en réaction aux inégalités sociales criantes et à la dictature politique, un profond mouvement de contestation ébranla le pays. Cette contestation mêla les travailleurs du pétrole et des grands centres industriels, qui firent grève et s’organisèrent à travers des conseils ouvriers, la petite bourgeoisie urbaine de gauche, les commerçants et les milieux pauvres encadrés par le réseau des mollahs dont l’ayatollah Khomeini, exilé à l’étranger, était le dirigeant.
Ce dernier, à travers un réseau de dirigeants religieux s’imposa comme la direction de la contestation, profitant du soutien apporté par les partis de gauche au nom de l’unité dans la lutte anti-impérialiste.
Malgré une répression impitoyable, des morts par milliers, la révolte ne cessa de s’approfondir. En janvier 1979, les États-Unis aidèrent le chah et ses proches à prendre la fuite. Au même moment, Khomeini fut ramené de son exil en France pour qu’il prenne la tête du pays. La transition politique fut négociée avec les généraux iraniens, eux-mêmes liés aux États-Unis, qui ne voulaient pas de vide politique. Khomeini, lui, ne voulait ni briser l’appareil d’État ni tenir son pouvoir de la rue.
Un régime réactionnaire au discours anti-impérialiste
Le régime mis en place par Khomeini s’est donc créé en s’appuyant sur une profonde révolte populaire, dont il a tiré une base sociale qui n’a pas complètement disparu aujourd’hui. Mais ses premiers actes furent de réprimer les femmes qui refusaient de se soumettre, les travailleurs organisés, les minorités nationales, dont les Kurdes, les militants de gauche qui l’avaient soutenu.
La République islamique fut dès sa naissance une dictature réactionnaire, antiouvrière et garante de l’ordre social. Pour autant, ses relations avec les États-Unis furent très vite tendues car ce régime entretenait une rhétorique nationaliste, anti-américaine contre le « grand Satan » et anti-israélienne contre le « petit Satan ».
Les dirigeants impérialistes firent donc tout pour affaiblir ce régime. En 1980, ils poussèrent l’Irakien Saddam Hussein à déclencher une guerre contre son voisin iranien. Jamais à court de cynisme, les puissances occidentales maintinrent un équilibre entre les deux pays, leurs marchands d’armes, y compris américains, vendant aux deux camps. Cette guerre dura huit ans. Elle fit un million de morts et provoqua d’énormes souffrances aux populations des deux pays.
Durant les décennies suivantes, derrière l’opposition de façade, les occasions de collaboration entre les États-Unis et l’Iran ont été, en fait, nombreuses. L’anti- impérialisme des chefs de la République islamique – de riches dignitaires qui prêchent la morale religieuse au peuple mais qui, en privé, singent les mœurs occidentales et envoient leurs enfants étudier en Amérique du Nord – traduit surtout leur désir d’être acceptés à part égale dans le concert des puissances qui dirigent le monde. Quant aux dirigeants américains, ils n’ont cessé d’appuyer une puissance régionale contre une autre, chacune jouant son jeu dans le chaos engendré par les interventions impérialistes qui ont ravagé tour à tour l’Irak, le Liban, l’Afghanistan, la Syrie ou l’Iran.
Ainsi, en Irak, au milieu des années 2000, après avoir fait tomber le régime de Saddam Hussein, les États-Unis ont installé un gouvernement confessionnel appuyé sur les partis chiites et leurs milices, eux-mêmes soutenus par l’Iran. En 2014, après que la politique américaine eut engendré la guerre civile en Irak et fait surgir l’organisation de l’État islamique – Daesh – l’Iran et les États-Unis ont co-parrainé une force militaire regroupant des dizaines de milliers de miliciens chiites pour reprendre Mossoul et d’autres territoires irakiens. Ce qui est nouveau aujourd’hui est l’offensive de l’impérialisme américain pour tenter de réorganiser à sa convenance l’ordre mondial ; de soumettre ou d’abattre tous les régimes trop peu obéissants ; d’entraver coûte que coûte l’accès de la Chine aux ressources et aux marchés ; de mettre la main sur tous les territoires qu’il estime indispensables à la domination de ses capitalistes, partout dans le monde.
Le gros bâton américain
Au Moyen-Orient, les succès militaires obtenus par Israël depuis le 7 octobre 2023, la destruction de Gaza qui a affaibli le Hamas, les défaites subies par le Hezbollah libanais et la chute de Bachar el Assad en Syrie, les effets de la guerre des Douze jours en juin dernier contre l’Iran, ont visiblement donné le sentiment à Trump et à Netanyahou qu’ils pouvaient attaquer frontalement le régime des mollahs. Quels que soient leurs objectifs, faire tomber ce régime, ou même seulement l’affaiblir ou faire émerger au sein de l’appareil d’État et de l’armée une équipe prête à collaborer avec eux, les dirigeants de l’impérialisme ont pris le risque de faire éclater le pays et de déclencher un conflit militaire général, menaçant pour toute l’humanité.