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Dans le monde
Israël : une population otage de ses gouvernements
Depuis le 28 février et le lancement de la guerre contre l’Iran, désignée côté israélien par le nom de code « Rugissement du lion », la vie de la population d’Israël est ponctuée par des alertes et des allers-retours aux abris pour se protéger des tirs de missiles et des drones iraniens, qui ont fait une dizaine de victimes.
Afin d’obtenir le soutien de sa population, le Premier ministre Netanyahou répète à longueur d’interventions télévisées qu’il s’agit d’une guerre « existentielle » et qu’après la défaite de l’Iran, la sécurité du pays sera définitivement garantie. Mais ce n’est que la suite d’une escalade de violence sans fin à l’échelle de toute la région.
À Gaza, qui ne fait plus la une de l’actualité, rien n’est réglé et les Palestiniens continuent de mourir dans les ruines laissées par deux ans de bombardements intensifs. En Cisjordanie, les colons font plus que jamais régner la terreur avec la complicité des soldats israéliens dont le nombre a été augmenté depuis le début de la guerre avec l’Iran. Ainsi, le 8 mars, une centaine de colons ont pu attaquer en toute impunité le village d’Abu Falah, au nord-est de Ramallah, tuant trois Palestiniens. « Sous l’égide de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, la coopération entre l’armée et les milices de colons s’intensifie dans le cadre de l’extension du nettoyage ethnique en Cisjordanie », constate l’ONG B’Tselem en faisant état de 15 blessés par balle en une semaine. Au total, au moins 1 040 Palestiniens ont été tués par des soldats ou des colons israéliens en Cisjordanie depuis le début de la guerre à Gaza. Il devient d’ailleurs difficile de faire la différence car, d’après un rapport publié fin février par l’ONG Yesh Din, « Israël a équipé des milliers de colons d’armes à feu et d’uniformes militaires et leur a donné des pouvoirs létaux sans mécanismes de surveillance adéquats. » Prenant prétexte de la guerre avec l’Iran, le ministre de l’Intérieur d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, a annoncé, le 9 mars, dans un communiqué titré « Jérusalem a droit aux armes », que 300 000 habitants de la ville seront désormais éligibles au port d’arme.
Depuis le 7 octobre 2023, Netanyahou s’est lancé dans une escalade militaire, se vantant de pouvoir mener la guerre sur sept fronts en même temps, et notamment au Liban, en Syrie, au Yémen et maintenant en Iran. À chaque fois, il s’agit d’une nouvelle « guerre existentielle », censée garantir la sécurité d’Israël. Ce discours est repris par l’ensemble des partis israéliens qui se sont tous joints à l’union nationale derrière Netanyahou et son gouvernement d’extrême droite. Sous l’effet de cette propagande, il n’est pas étonnant que des voix discordantes aient du mal à se faire entendre au sein de la population israélienne. Seules quelques dizaines de personnes ont courageusement participé à des rassemblements à Tel Aviv et devant la résidence de Netanyahou à Jérusalem pour clamer : « La guerre n’a rien de normal, il faut refuser de s’habituer. »
Au-delà de ces manifestants, il est certain que beaucoup d’Israéliens ne manifestent aucun enthousiasme à devoir se retrouver quasiment en permanence sous l’uniforme. Ainsi on ne sait pas quelle proportion des 100 000 réservistes rappelés après le 1er mars a effectivement rejoint son unité. En effet, depuis la guerre à Gaza qui a entraîné une multiplication des périodes de rappel, seule une minorité de réservistes – moins de 40 % – répond aux convocations, au point qu’on les appelle des « réservistes permanents », dont une partie importante est issue des milieux d’extrême droite.
La politique de Netanyahou entraîne la population israélienne dans une guerre sans fin et dans un engrenage de violence contre tous ses voisins. Aucune paix n’en sortira jamais. Coexister avec les peuples voisins et avec ses propres citoyens arabes implique pour la population israélienne de s’opposer à ses dirigeants et de rompre avec la politique colonialiste et expansionniste qu’ont menée les gouvernements à la tête d’Israël depuis 1948. Offrir aux peuples du Moyen-Orient une alternative à la guerre permanente implique de combattre les fauteurs de guerre que sont Netanyahou, Trump et tous les dirigeants des puissances impérialistes.