Italie : les champs de la mort22/07/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/07/une_3025-c.jpg.445x577_q85_box-16%2C0%2C1287%2C1649_crop_detail.jpg2026-07-22

Dans le monde

Italie : les champs de la mort

Le 1er juin, quatre ouvriers agricoles migrants ont été assassinés dans des conditions atroces en Calabre, dans le sud de l’Italie. Ce drame est venu illustrer, une fois de plus, les conditions d’exploitation auxquelles sont soumis les migrants.

Ces jeunes travailleurs, âgés de 19 à 29 ans, venaient d’Afghanistan et du Pakistan. Un cinquième ouvrier, parvenu à s’échapper de la voiture en flammes, a pu raconter qu’ils avaient ainsi été « punis » pour avoir exigé d’être payés. Les deux meurtriers, eux-mêmes pakistanais, étaient des « caporali », intermédiaires chargés de recruter, d’acheminer vers les champs et de faire tenir tranquille une main-d’œuvre réduite en esclavage.

D’après la FLAI, section des travailleurs agricoles du syndicat CGIL, 70 % des ouvriers agricoles migrants travaillent sans contrat et les contrats de travail des 30 % restants ne correspondent ni au nombre réel d’heures travaillées, ni à la paye réellement touchée. Le jeune rescapé du meurtre a raconté que lui et ses camarades étaient payés 5 euros de l’heure, dont il fallait retirer toutes sortes de « frais », empochés par les « caporali ».

Ces meurtres ne constituent pas une exception tragique, et encore moins, comme tente de le suggérer l’extrême droite raciste, le résultat de « règlements de comptes entre étrangers ». Il y a deux ans, c’est un patron bien italien qui avait laissé Satnam Singh, ouvrier dont le bras avait été arraché par une machine à emballer les melons, se vider de son sang, avant de l’abandonner dans la rue devant chez lui, son bras coupé jeté dans un cageot.

D’après les estimations de la FLAI, sur les 430 000 migrants sans papiers qui travaillent dans les champs, 100 000 sont prisonniers de ce système qui, s’il permet à des intermédiaires jouant les matons de se faire de l’argent, rapporte d’abord et avant tout au patronat agricole italien qui affiche 4,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel.

Le samedi 6 juin, les milliers de manifestants qui se sont regroupés à Amendolara, à quelques centaines de mètres des lieux de l’assassinat, ont dénoncé le patronat qui s’enrichit de cet esclavage et la complicité des gouvernements successifs. Après les meurtres, la ministre du Travail, Marina Calderone, est allée en Calabre pour se dire préoccupée… d’éviter que les entreprises agricoles soient stigmatisées et affublées d’une « mauvaise réputation ».

Le gouvernement Meloni vante son « décret flux », qui autorise l’entrée et le séjour de travailleurs immigrés recrutés par les patrons qui en ont besoin. Mais l’exploitation « régularisée » au compte-goutte d’un petit nombre de travailleurs immigrés ne supprime pas l’aubaine que constitue pour le patronat la possibilité de surexploiter les centaines de milliers d’ouvriers sans papiers. Cette surexploitation, partie des champs, s’est propagée dans le bâtiment, notamment sur le chantier du consulat des États-Unis à Milan, dans les entrepôts de la logistique de la plaine du Pô ou les usines textiles de Toscane.

Le fait de transformer les migrants en clandestins à vie rapporte gros au patronat et la loi contre le « caporalato », votée il y a dix ans, ne connaît même pas un début d’application. Sur les 200 millions d’euros prévus dans les fonds accordés par l’Union européenne pour lutter contre ce système, 180 millions ont été rendus à Bruxelles par le gouvernement italien. C’est un message assez clair indiquant au patronat que, sans craindre la loi, il peut continuer à imposer des conditions de semi-esclavage aux travailleurs les plus précaires, ce qui lui permet de faire pression sur les salaires et les droits de l’ensemble de la classe ouvrière.

L’an dernier, au mois de juin, des travailleurs sans papiers et sans droits des usines textiles de Prato avaient mené un mouvement de grève déterminé baptisé « printemps 8x5 ». Ils avaient arraché des contrats de travail pour des semaines de cinq journées de huit heures. C’est l’exemple de ces ouvriers, conscients de ne pouvoir compter que sur leurs propres forces et sur leur unité, qui peut guider les travailleurs des champs et des usines.

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