Italie : une claque pour Meloni25/03/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/03/une_3008-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans le monde

Italie : une claque pour Meloni

Le référendum sur la justice voulu par la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, qui s’est déroulé les 22 et 23 mars, a tourné à la défaite pour celle-ci. Le « non » à la réforme judiciaire l’a emporté nettement, avec 53,7 % des suffrages.

Le référendum portait sur une réforme de la justice déjà votée par le Parlement. La principale mesure consiste à séparer les professions de juge et de procureur et à créer pour chacune de ces catégories un conseil supérieur de la magistrature distinct, dont les membres devaient être en partie choisis par le gouvernement.

Pour Meloni, il s’agissait d’imposer un contrôle plus grand sur le pouvoir judiciaire, accusé d’être trop « politisé » et de manœuvrer contre le gouvernement au lieu de rendre la justice. Il faut dire que, dernièrement, des tribunaux italiens ont rendu des jugements qui sont autant de camouflets à sa politique, notamment sur la déportation des migrants arrivés en Italie vers les centres de rétention implantés en Albanie. Le gouvernement a ainsi été obligé d’accepter le retour de plusieurs de ces migrants déportés et même d’en indemniser certains. Meloni avait alors dénoncé « un nouveau jugement politique […] contre les Italiens et leur sécurité ».

Accuser les juges de faire de la politique pour nuire au gouvernement est une vieille lune de la droite italienne. En son temps, feu Berlusconi avait entrepris une véritable croisade contre les « complots des juges rouges » qui osaient le mettre en cause. Il faut dire que, entre ses entreprises et affaires, en partie liées à la mafia, et ses mœurs plus que douteuses, son nom était souvent prononcé dans les tribunaux !

Le retour des « juges rouges »

Meloni et ses alliés n’ont pas été en reste dans leur campagne pour le « oui ». Du côté de la Ligue de Matteo Salvini, on a expliqué que « dire non à la réforme de la justice, c’est dire oui à l’islam ». Quant à Meloni elle-même, elle a affirmé que, si le non l’emportait, les dealers envahiraient les rues en toute impunité, de même que les violeurs et les pédophiles, tandis que des hordes de migrants déferleraient, sous-entendant bien sûr que la présence de ces derniers n’était pas étrangère à tous ces crimes impunis.

En s’engageant dans un référendum pour « donner la parole aux Italiens », Meloni a sans doute fait le pari de voir confirmer sa légitimité politique, sans lésiner sur la démagogie sécuritaire et les arguments contre le prétendu laxisme d’une justice « gauchiste ». Le calcul était mauvais car c’est tout le contraire qui s’est produit. Une large fraction de l’électorat s’est effectivement mobilisée, avec près de 60 % de participation, voyant là l’occasion d’exprimer son rejet de la politique du gouvernement.

C’est le cas de la jeunesse : 67 % des électeurs âgés de 18 à 34 ans se sont déplacés et près de 60 % d’entre eux ont voté non. Pour beaucoup, au-delà de l’opposition à la réforme de la justice, c’était aussi sans doute un moyen de dire non à la politique pro-Trump et à l’engagement de Meloni dans la guerre.

Sauver la Constitution ?

La claque prise par Meloni a de quoi réjouir un large milieu, notamment les jeunes qui ont participé nombreux aux manifestations contre le génocide à Gaza et pour la paix, ainsi que ceux qui s’inquiètent de la montée du racisme et de la poussée de l’extrême droite.

Mais, du côté des partis, des syndicats et des associations qui ont fait campagne pour le non, c’est aux cris de « Vive l’Italie qui résiste » et « Les jeunes ont sauvé la Constitution antifasciste » qu’on a célébré la victoire. Maurizio Landini, le secrétaire du syndicat CGIL, y a vu un « nouveau printemps politique », tandis que le président des « comités citoyens pour le non » comparait cette victoire à la « lutte des partisans ».

Entre deux couplets de Bella Ciao, reprise en chœur sur les places des grandes villes, les dirigeants politiques comme Elly Schlein, du Parti démocrate (PD) de centre gauche, ou Giuseppe Conte, du populiste Mouvement 5 étoiles (M5S), se sont empressés de parler primaires en vue de la constitution d’une alternative « de gauche » pour les prochaines échéances électorales de 2027.

Les discours de cette opposition, en fait, sont déjà significatifs du peu que l’on peut en attendre. La Constitution de 1947 est brandie comme un certificat démocratique car « née de la résistance antifasciste ». À l’époque, elle marqua précisément la volonté de tous les dirigeants, Parti communiste compris, de remettre en selle l’appareil d’État et la bourgeoisie, largement compromis durant la dictature fasciste en le parant de quelques oripeaux prétendument « sociaux ». Les représentants actuels de partis comme le M5S ou le PD, qui ont, ensemble ou séparément, mené une politique anti- ouvrière et ouvert la voie à l’extrême droite, y font référence en espérant revenir au pouvoir munis d’une auréole démocratique et anti- fasciste pour reprendre en fait la même politique. Ceux qui veulent s’opposer à l’évolution terrible de la société ne peuvent en aucun cas leur faire confiance.

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