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Leur société
Jospin : une gauche qui a bien servi le patronat
Le décès de Lionel Jospin, Premier ministre de gauche entre 1997 et 2002, a donné lieu à un déluge d’éloges du monde politique. Macron a proposé de lui rendre un hommage national. De quoi mettre en doute tout ce qui est dit, y compris par Jean-Luc Mélenchon, sur le « véritable homme de gauche » qu’il aurait été.
Si Lionel Jospin a fréquenté une organisation trotskyste dans sa jeunesse, ses premières convictions n’ont pas duré. Dès 1971, il rejoint le Parti socialiste capturé par Mitterrand. Il en devient le dirigeant lorsque ce dernier accède au pouvoir en 1981 et le sert fidèlement quatorze ans durant. Lors de l’élection présidentielle de 1995, il est le candidat du PS et échoue face à Chirac.
Mais, deux ans plus tard, grâce à la dissolution hasardeuse de l’Assemblée nationale par Chirac, la gauche redevint majoritaire et fit de Jospin le nouveau Premier ministre. Durant cinq ans, son gouvernement dit de gauche plurielle, comprenant des ministres du PS, du PCF et écologistes, mena une politique foncièrement hostile aux intérêts des travailleurs.
Ce qui fut vraiment « pluriel », durant ces années, ce sont les cadeaux au patronat ! Dès les premiers jours le ton fut donné. Jospin avait assuré trois jours avant sa nomination qu’il s’opposerait à la fermeture pure et simple de l’usine Renault à Vilvorde en Belgique. Mais une fois nommé, il laissa faire en affirmant : « Ce n’est pas le gouvernement qui décide ». Et ce fut identique lors de la masse de plans de licenciements durant ces années : Michelin, Danone, Marks et Spencer, AOM-Air Liberté, Valeo, Moulinex, Bata…
Pourtant, le gouvernement Jospin décida… de privatiser plus que tout autre avant lui. La compagnie aérienne Air France le fut par le ministre des Transports, Gayssot, dirigeant du PCF et caution communiste du gouvernement. Aérospatiale-Matra, Usinor- Sacilor furent intégralement privatisés. Pendant que le capital de France Télécom, de la CNP, de EADS, AXA-UAP, Total, Pechiney était ouvert à la concurrence, entamant donc le mouvement vers la privatisation complète.
Loin de représenter une diminution du temps de travail, les lois Aubry dites des 35 heures permirent aux entreprises d’augmenter la productivité. À part ceux des salariés qui eurent des RTT, et le payèrent par un surcroît de travail car aucune obligation d’embauche n’était faite aux patrons, les travailleurs ne virent aucun progrès avec ces lois.
C’est donc avec ce bilan catastrophique pour la classe ouvrière que les partis de la gauche plurielle se présentèrent à l’élection de 2002. Le verdict fut sans appel : Le Pen fut qualifié et pas Jospin. Ce fut un choc pour tout le monde. Mais, contrairement aux mensonges développés à l’époque et aujourd’hui encore, ce n’était pas dû à une montée explosive de l’extrême droite. Le Pen et Megret, autre candidat d’extrême droite, avaient certes obtenu 5,4 millions de voix à eux deux. Mais, en 1995, Le Pen et De Villiers avaient déjà obtenu 6 millions de voix. Si Le Pen fut présent au second tour malgré des scores relativement stables, c’était dû à l’écroulement de la gauche, qui perdait 4 millions de voix. Jospin passait de 7,09 millions de voix en 1995 à 4,6 millions. Quant au PCF, principal allié de Jospin au gouvernement, il passait de 2,6 millions de voix à 0,9 en 2002. Ce premier tour représentait une véritable déroute électorale pour la « gauche plurielle » et son désastreux bilan de gouvernement. Mais la trahison de cette gauche de gouvernement ne s’arrêta pas là.
En mentant sur les causes de l’arrivée de Le Pen au second tour, en hurlant au danger fasciste et en faisant voter Chirac pour camoufler sa propre déroute, la gauche brouillait encore plus les consciences. Voter pour un politicien véreux, un homme politique de la bourgeoisie, devenait le nec plus ultra de la lutte contre l’extrême droite. Le découragement des militants ouvriers trompés, augmenté du brouillage des frontières politiques, voilà le véritable héritage de Jospin.