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- Lutte ouvrière n°3035
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Dans les entreprises
Nos lecteurs écrivent : Étudier, option exploitation
La Normandie produit des huîtres et des moules dans le cadre de cultures qui ne deviennent complètement accessibles qu’à marée basse, surtout lors des grandes marées, quand la mer se retire plus loin, pendant des périodes de quatre à huit jours, deux ou trois fois par mois.
Il y a alors besoin de beaucoup de travailleurs, mais, même si cela correspond finalement à 10 ou 15 jours chaque mois, les patrons des entreprises productrices ne veulent absolument pas en embaucher suffisamment à l’année. Ils embauchent donc souvent des mineurs, des étudiants : c’est mon cas, je le fais chaque été avec des amis. Les salaires sont toujours très bas, à l’heure et sur peu d’heures, même si certaines entreprises offrent des moules.
Les patrons ne prennent guère de précautions. Les ouvriers sont transportés du dépôt à la mer sur une remorque de tracteur qui n’est en fait qu’un grand plancher sur des roues, généralement sans barrière à laquelle s’accrocher. En fin de session, quand la mer remonte, il faut partir rapidement. Pourtant, surtout dans les entreprises qui paient à la journée, les patrons poussent à rester le plus longtemps possible. Le tracteur finit à moitié submergé ; parfois enlisé, alors que nous, debout dans l’eau, on en a jusqu’aux épaules. D’où l’inquiétude quand l’eau arrive déjà à la moitié des roues et qu’on n’est toujours pas repartis.
Crème solaire, eau : c’est débrouillez-vous. Mon entreprise n’a pensé à nous donner de l’eau qu’une fois qu’un employé a frôlé le malaise.
Nos vêtements finissent par être déchirés contre les cordes à moules et les poches à huîtres, car il faut être titulaire pour avoir droit à un – mauvais – ciré. Pour les équipements de sécurité c’est pareil : il y a un gilet de sauvetage… pour toute l’équipe du bateau !
En effet, sur site, il arrive qu’on travaille sur un petit bateau, qu’on manœuvre le long des lignes de poteaux (les bouchots), pour mettre les filets qui protègent les moules. Le patron a trouvé le moteur idéal pour cela : les bras de mes camarades, deux travailleurs tirant sur les poteaux pour maintenir et faire avancer le bateau, pendant que les derniers mettent les filets.
Tout cela crée bien des situations d’accidents, qui vont de la chute du bateau à l’écrasement des pieds par la remorque voire le tracteur, car il ne s’arrête jamais même quand on doit travailler le long de son trajet.