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- Lutte ouvrière n°3003
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Dans les entreprises
Nos lecteurs écrivent : Je ne suis pas un héros !
En recherchant un emploi, je suis tombé sur l’annonce d’une agence d’intérim pour un poste d’agent de fabrication dans un laminoir à la SAM, une usine sidérurgique près de Nancy. L’annonce retient l’attention car elle invite à « devenir un super-héros de l’industrie » et à « relever un défi XXL ».
Comme si l’humiliation faite aux chômeurs n’était pas déjà assez difficile à vivre, l’annonce en rajoute en proclamant : « Enfilez votre cape et devenez l’indispensable héros ou héroïne de notre chaîne ! » ou « Préparez-vous : poste physique dans un environnement dynamique, bruyant et poussiéreux. Mais chaque héros sait que c’est ça qui forge la force ! » On y apprend donc que les conditions de travail compliquées « forgent la force » mais aussi qu’il n’y a « pas besoin de salle de gym, vous aurez votre dose d’exercice ici ! » Car c’est bien connu, porter des charges lourdes, subir le bruit, respirer la poussière et ça pendant 12 heures, c’est juste de l’exercice ! Les travailleurs devenus handicapés ou malades au travail seront contents d’apprendre qu’ils ont simplement fait trop d’exercice ; rien à voir avec les cadences imposées et la pénibilité du travail. Le smic saupoudré de quelques primes deviendrait même « attractif » et les 12 heures par jour, avec un jour de repos pour un jour travaillé, sont présentées comme une aubaine.
L’entreprise propose un poste en CDI, mais d’abord il faut être testé en intérim, histoire de savoir si l’on est le bon super-héros. À moins que ce ne soit, par hasard, pour vérifier si le héros ne possèderait pas un pouvoir gênant : celui de trop l’ouvrir et de se plaindre.
Malheureusement pour beaucoup de gens, et notamment les jeunes dont je fais partie, l’intérim est de plus en plus la seule solution pour trouver du travail, et avec ça l’instabilité permanente : les difficultés à se projeter, ne pas savoir si on travaillera le mois d’après, devoir accepter presque tout, se taire pour être gardé et malgré tout devoir postuler à ce genre d’offres, pas par goût du « défi XXL » ou pour le « salaire attractif », mais simplement parce qu’on a besoin de vivre.