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Leur société
Loi “intégrale” : et les moyens ?
Le 21 septembre, a commencé à l’Assemblée nationale l’examen du projet de loi dite « intégrale » contre les violences sexuelles. Mais, en dépit des intentions de ses auteurs, le manque de moyens alloués risque de vider cette loi de tout contenu.
La loi part du constat que « les violences sexuelles et sexistes constituent l’une des atteintes aux droits humains les plus massives et les plus tolérées en France ».
En effet, une femme sur deux a déjà été victime de ces violences, dont la moitié sont commises dans le cadre familial. Un autre marqueur social est le fait que, chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, soit un enfant toutes les trois minutes. Trois enfants par classe sont victimes d’une telle violence et, dans 80 % des cas, au sein de la famille.
Ces chiffres montrent combien la société, basée sur les rapports d’exploitation et de domination, garde des éléments de barbarie. Seul un enfant victime sur dix révèle les faits au moment où ils se produisent. Et seulement 2 % des victimes sont orientées vers des soins. L’immense majorité doit donc gérer seule les terreurs et les traumatismes qui en découlent jusqu’à l’âge adulte.
Face à ce fléau, les moyens humains, en particulier de professionnels, pour la détection, l’écoute, l’accompagnement, le soin des victimes sont totalement insuffisants. Ils sont souvent aussi hors de prix pour elles ou leur famille.
Quant aux suites judiciaires, le meurtre de la jeune Lyhanna a mis sur la place publique le désintérêt, cumulé à l’absence de moyens, de la police et de la justice quant à la protection des jeunes victimes de prédateurs. De fait, seuls 3 % des agresseurs en matière de violences sexuelles sont condamnés ; le chiffre tombe à 1 % dans le cas d’inceste.
Le 15 septembre, quand le Premier ministre, Lecornu, a annoncé allouer 1,5 milliard d’euros à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes et 2,6 milliards pour la protection de l’enfance, cela a été salué comme un premier pas par les associations. Mais le soir même, son cabinet annonçait que cela correspondait en fait aux moyens déjà engagés et pas du tout à leur augmentation.
Les associations ont aussitôt indiqué que, si le budget alloué aux violences sexuelles est ainsi inchangé, l’ensemble de la loi « intégrale », sera vidé de sa substance.
Mais pour le gouvernement la lutte contre les violences sexuelles et sexistes se limite à faire des discours et des communiqués pour la galerie.