Madagascar : la jeunesse se remobilise22/04/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/04/une_3012-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg2026-04-22

Dans le monde

Madagascar : la jeunesse se remobilise

Six mois après avoir fait tomber le gouvernement, les jeunes de Madagascar sont de nouveau dans la rue. Ils se sentent trahis par le colonel qu’ils ont mis au pouvoir.

En septembre et octobre derniers, les étudiants malgaches s’étaient mobilisés pour faire tomber le gouvernement dirigé par Andry Rajoelina. Ils revendiquaient l’accès à l’eau, à la santé, à l’enseignement, à l’emploi tout en dénonçant l’enrichissement d’une poignée de politiciens et d’hommes d’affaires corrompus. Ceux qui s’appelèrent la Gen Z refusaient d’être laissés pour compte, réclamaient un avenir meilleur, la justice sociale et une véritable démocratie. La police et la gendarmerie firent 22 morts chez les manifestants avant que l’armée, le colonel Michaël Randrianirina à sa tête, ne s’impose au pouvoir mi-octobre.

L’armée, comme il se doit dans ces coups d’État militaires, promit alors une transition démocratique rapide et des changements profonds.

Six mois plus tard, la jeunesse ne peut que faire le constat que ses revendications sont restées lettre morte. Aucune enquête n’a été ouverte sur les personnes soupçonnées d’être responsables des crimes commis durant la répression de septembre. Le nouveau budget alloue à la présidence et au gouvernement des sommes encore plus importantes que le régime précédent, tandis que les investissements directs dans les services essentiels – l’eau, l’électricité, l’éducation et la santé – restent marginaux. La junte a remanié tout l’exécutif et a promu près de 600 personnes issues de l’armée ou proches. Et la répression a repris, se traduisant par de nouvelles arrestations.

Des perquisitions et des arrestations arbitraires ont eu lieu sous le prétexte de « menaces pour la sécurité nationale ». Le 10 avril, six jeunes, dont des dirigeants du mouvement d’octobre, ont été arrêtés et retenus pendant des heures. Les militaires voulaient leur faire avouer qu’ils avaient reçu de l’argent pour manifester. Et en réalité ils voulaient surtout faire peur. Puis, le 16 avril, Patrick Rakotomamonjy et une dizaine de personnes qui lui sont liées ont été arrêtés. Ce colonel, médecin militaire, un temps proche du nouveau pouvoir, en est devenu la bête noire après qu’il a diffusé des vidéos dans lesquelles il témoignait des faits de corruption au plus haut sommet de l’État. Il était visé depuis début avril par un mandat d’arrêt, accusé par la justice d’avoir orchestré un projet d’assassinat du nouveau président Michaël Randrianirina.

Ce dernier manœuvre pour éliminer ses opposants potentiels. Il veut maintenir sa dictature sous les traits d’un gouvernement civil, si les élections promises ont réellement lieu. Face à ce pouvoir, la classe ouvrière malgache, surexploitée, et dans certaines provinces affamée, aurait toutes les raisons de se mobiliser.

Quant à la jeunesse flouée, aucun des problèmes pour lesquels elle s’est mobilisée n’est réglé. Elle n’a certainement pas dit son dernier mot.

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