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Dans le monde
Médicaments : la falaise des profits
Entre 2025 et 2030, les brevets de plus de 400 médicaments devraient arriver à expiration.
Pour l’industrie pharmaceutique, cette expiration est une calamité, baptisée « falaise des brevets ». C’est que les médicaments concernés représentent 300 milliards de dollars de ventes annuelles, dont 126 milliards pour les 10 plus importants.
Grâce aux brevets, les trusts pharmaceutiques disposent d’une exclusivité commerciale leur permettant de vendre les médicaments à prix d’or pendant une vingtaine d’années. Ainsi, parmi les brevets qui vont tomber, se trouve celui du Keytruda, un traitement vital contre certains cancers, fabriqué par le laboratoire Merck. C’est le médicament le plus vendu au monde en valeur, pour 32 milliards de dollars. Le brevet tomberait en 2028 et il serait alors concurrencé par un générique ou par un médicament « biosimilaire », au prix bien plus bas.
L’industrie pharmaceutique essaye de justifier ces brevets et leur prix par l’investissement nécessaire. Mais les profits de ces trusts dépassent de très loin ces investissements. Merck réalise de 2 à 20 milliards de dollars de bénéfices chaque année depuis plusieurs décennies. Les brevets sont en réalité le moyen qui permet à ces entreprises de faire les poches aux patients directement ou indirectement par le biais des systèmes de sécurité sociale ou d’assurance maladie.
Quant à la recherche, elle n’est pas la priorité des grands groupes pharmaceutiques, qui se sont lancés ces derniers mois dans une frénésie de rachats d’entreprises disposant déjà de molécules prometteuses, de technologies ou de traitements en développement. En mars 2026, Merck a ainsi annoncé le rachat de Terns Pharma pour 6,7 milliards de dollars. L’entreprise développe notamment un traitement oral contre un cancer, la leucémie myéloïde chronique. Merck n’est pas un cas isolé. Selon la presse spécialisée, 80 opérations de fusions-acquisitions ont été annoncées lors des six premiers mois de l’année, pour un montant total de 96 milliards de dollars.
La science a fait des progrès à pas de géant ces dernières décennies. Mais c’est grâce aux scientifiques, aux ingénieurs, aux laborantins, pas aux actionnaires. Dans une société rationnellement organisée, la recherche médicale serait sous le contrôle de la population et les médicaments seraient délivrés gratuitement à ceux qui en ont besoin. Exproprier les trusts pharmaceutiques qui rançonnent la société et les malades est une mesure de salut public.