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Leur société
Migrants : la fabrique de l’errance
Le 14 octobre, au petit matin, la police a embarqué des centaines de migrants réfugiés sous la ligne aérienne du métro parisien, à la station Stalingrad, jetant leurs tentes et leurs matelas.
La nouvelle évacuation de ce campement, qui a sans cesse été recréé au cours des dix dernières années, a été présentée par le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, comme une opération humanitaire de « mise à l’abri ».
C’est le prétexte utilisé à chaque évacuation. Une solution d’hébergement serait proposée à 400 personnes. Mais des associations telles qu’Utopia 56 dénoncent l’hypocrisie. En effet, seule une cinquantaine des places d’hébergement proposées par la ville de Paris sont pérennes. Les autres seraient situées dans des « centres d’accueil et d’évaluation des situations » en banlieue parisienne ou des « sas » en province. Ces centres sont souvent saturés et ne gardent les migrants que quelques semaines. Ils se retrouvent ensuite à nouveau à la rue, mais dispersés. Car tel est le but réel de cette évacuation.
L’État mène en effet une politique qui vise à dissuader les hommes et les femmes qui cherchent un refuge en France de se rassembler et de s’organiser, particulièrement dans des lieux visibles de la capitale. Ils viennent de nombreux pays, en particulier de zones invivables comme le Soudan ou l’Afghanistan. Une bonne partie d’entre eux sont des demandeurs d’asile, qui n’ont pas le droit de travailler. Leur dispersion brise leurs liens de solidarité ainsi que la continuité du suivi associatif, indispensables aux soins et aux démarches administratives. Utopia 56 parle de politique de harcèlement et de « nettoyage social ». Et cette politique a tendance à se durcir. Ainsi, l’association était interdite d’accès lors de l’embarquement dans des cars le 14 octobre, tout comme Médecins du Monde, ce qui est une première.
Au métro Stalingrad, la première évacuation date de 2016. Six jours avant l’évacuation sous le métro, la police en menait une autre, quai de Jemmapes et à proximité du métro Jaurès. Gouvernement après gouvernement, la politique reste la même : démoraliser et dissuader les migrants, afin que leurs proches, dans d’autres camps mais loin de l’Europe, renoncent à la traversée. C’est aussi inhumain qu’illusoire.