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Nouvelle-Calédonie : projet gouvernemental dans l’impasse
Jeudi 2 avril, députés de gauche et députés du RN ont voté le rejet préalable du projet de loi constitutionnelle issu de l’accord de Bougival prévoyant une réforme des institutions de Nouvelle-Calédonie.
Le projet de loi ne sera donc même pas discuté à l’Assemblée nationale. Le Premier ministre Lecornu s’est empressé d’annoncer une réunion des signataires de Bougival pour tenter de trouver une issue qui convienne d’abord et avant tout aux intérêts de l’impérialisme français.
Signé en juillet dernier par tous les partis sauf le FLNKS, l’accord dit de Bougival était la réponse de l’État français aux émeutes qu’il a lui-même déclenchées en annonçant en mai 2024 l’élargissement du corps électoral au détriment des Kanaks, les rendant minoritaires dans leur propre pays. Cet accord prétendait donner des gages aux Kanaks en instaurant un « État de Nouvelle- Calédonie » au sein de l’État français qui aurait ainsi conservé la main sur l’armée, la police, la justice, ces fonctions ne pouvant être transférées localement que par un vote des trois cinquièmes du Congrès calédonien. Ce transfert aurait été d’autant plus impossible que l’élargissement du corps électoral, contre lequel s’est insurgée la jeunesse en mai 2024, aurait été entériné en même temps.
Aux élections municipales de mars dernier, ceux qui ont progressé sont le FLNKS dans les provinces kanakes et les loyalistes (les anti- indépendantistes) à Nouméa et autour. Pour le FLNKS, il était d’autant plus important de faire en sorte que le projet de loi et l’élargissement du corps électoral qui doit l’accompagner, qui sera favorable aux loyalistes, n’aboutissent pas avant les élections provinciales prévues en juin prochain. Le FLNKS a eu à l’Assemblée le soutien de LFI, du PC et du PS, qui ont ainsi remporté une petite bataille parlementaire contre le gouvernement. Le RN, lui, a voté avec la gauche pour flatter l’électorat de Nouvelle-Calédonie et de métropole qui considère que la création d’un État de Nouvelle- Calédonie, même symbolique, serait déjà de trop.
Le gouvernement semble donc dans l’impasse. La solution qu’il imaginait pour consolider les positions de l’État français dans le Pacifique tombe à l’eau. Mais on peut être certain qu’il ne lâchera pas sa colonie à la suite d’un simple revers parlementaire. Alors que les tensions internationales croissent autour de la Chine, le contrôle de la Nouvelle- Calédonie est pour lui une carte qu’il compte bien jouer pour rester dans la course des grandes puissances. Mais les populations colonisées ne se résigneront certainement pas non plus.