Pays du Golfe : les travailleurs immigrés premières victimes25/03/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/03/une_3008-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans le monde

Pays du Golfe : les travailleurs immigrés premières victimes

La classe ouvrière des pays du golfe Persique est en grande partie composée de travailleurs immigrés. Depuis le début de la guerre, beaucoup se retrouvent sans ressources, pris au piège dans une zone devenue dangereuse.

Dans les six monarchies du Golfe (Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Émirats arabes unis), plus de la moitié des 60 millions d’habitants sont des travailleurs étrangers. Au Qatar, ils représentent près de 90 % de la population. Au total, environ 25 millions de travailleurs viennent d’Asie, notamment d’Inde, du Pakistan, du Népal et du Bangladesh. Plusieurs centaines de milliers de travailleurs africains y ont aussi émigré.

Ouvriers du bâtiment et des industries pétrolières et gazières, employés d’hôtel, domestiques, chauffeurs, ils sont indispensables dans tous les secteurs essentiels et font l’objet d’une exploitation brutale. Plusieurs pays du Golfe pratiquent la « kafala », un système qui impose aux travailleurs d’avoir un parrain, souvent son employeur, qui contrôle le droit de travailler, de changer d’emploi ou de quitter le territoire. Les passeports leur sont fréquemment confisqués, les plaçant dans une situation de dépendance presque totale.

La guerre aggrave brutalement cette situation. Le tourisme est à l’arrêt, plusieurs sites énergétiques et pétrochimiques ont été endommagés et d’autres ont été fermés par crainte de bombardements. Des familles d’expatriés occidentaux ou de cadres étrangers sont parties précipitamment, abandonnant parfois leurs employés : domestiques, chauffeurs ou gardiens se retrouvent du jour au lendemain sans salaire ni logement.

Les conséquences sont dramatiques aussi dans les pays d’origine. Dans l’État du Kerala, dans le sud de l’Inde, les revenus envoyés par les travailleurs expatriés au Moyen-Orient représentent plus de 20 % des ressources locales. Les migrants bangladais ont, à eux seuls, envoyé dans leur pays l’équivalent de plus de 20 milliards d’euros en 2025. Ces transferts font vivre des familles entières, qui subissent donc aujourd’hui de plein fouet les conséquences de la guerre.

Quant aux gouvernements de ces pays d’origine, ils n’ont pas grand-chose à proposer. Aux Philippines, le gouvernement s’est dit prêt à rapatrier les 2,4 millions de travailleurs philippins présents au Moyen-Orient si la situation empirait. Mais il n’a pas dit comment, et une vidéo tournée à Bahreïn, qui montre des travailleurs philippins refoulés sans ménagement par un employé de leur ambassade, a fait scandale. Le Premier ministre indien, Narendra Modi, dit avoir téléphoné à plusieurs dirigeants du Golfe pour les remercier de prendre soin de la communauté indienne : étrange conception du « soin » !

En temps de paix, les gratte- ciel, l’industrie énergétique et le tourisme dans les monarchies du Golfe reposent sur l’exploitation de ces dizaines de millions de travailleurs. En temps de guerre, ce sont les mêmes qui en subissent les conséquences immédiates et, avec eux, leurs familles vivant à des milliers de kilomètres.

Partager