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Leur société
Prisons : à l’image de la société
Le nombre de détenus de cesse d’augmenter en France, selon les données du ministère de la Justice, tandis que les conditions d’accueil ne cessent de se dégrader.
Au 1er février 2026, 86 645 détenus s’entassaient dans ce que même le Conseil de l’Europe, pourtant peu suspect de gauchisme, qualifie d’« entrepôt humain ». Avec seulement 63 289 places, la densité atteint 136,9 %, et jusqu’à 200 % dans certains établissements. En Europe, seules les prisons slovènes et chypriotes sont dans un état encore plus lamentable que les prisons françaises.
Année après année, les rapports français comme européens s’entassent, et la situation continue de s’aggraver. Aujourd’hui, 6 596 détenus dorment par terre, contre 4 490 l’an dernier. Le ministre Darmanin en est à promettre 3 000 places, dans des prisons modulaires. Il ne reste plus qu’à proposer des places en camping.
Les établissements les plus touchés par ce problème ne sont pas les quartiers VIP où sont accueillis les politiciens véreux ou les hommes d’affaires ayant détourné des millions. Ce sont les maisons d’arrêt, pour les détenus en attente de jugement, ou bien pour les peines courtes, de fait, les prisons pour pauvres. Car le milieu carcéral ne fait que reproduire, en les aggravant, les inégalités sociales. La saleté, la promiscuité et la violence engendrées par ces conditions sont réservées aux classes populaires. Pour disposer d’une cellule individuelle, de promenades fréquentes et d’autres aménagements, il faut être riche. Il est vrai que, dans ce cas, il n’est pas non plus fréquent d’être condamné !
Cette dégradation des conditions d’incarcération va de pair avec la dégradation générale de la société et le discours sécuritaire qui l’accompagne. Dans la course derrière l’extrême droite, les discours électoraux rivalisent de fermeté face à la délinquance, pour mieux masquer l’impuissance des dirigeants.