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Dans le monde
Des richesses que l’impérialisme veut contrôler
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a insisté le 2 mars sur le fait que les États-Unis « aimeraient » voir le peuple iranien renverser son gouvernement, mais que cela n’était pas l’objectif de la guerre.
Et il est vrai que, de la part des grandes puissances et surtout de la première d’entre elles, il saute aux yeux que l’objectif à court, à moyen et à long terme de leur mainmise sur le Moyen-Orient porte sur la richesse du sous-sol et les énormes possibilités d’investissements qui en découlent.
La région, pour le malheur d’une grande partie de sa population, regorge de réserves d’hydrocarbures. L’Iran, première cible des bombardements de l’heure, possède la troisième réserve mondiale de pétrole et la deuxième de gaz, sans parler de ses ressources minières en fer, cuivre, aluminium et zinc. L’Arabie saoudite est le deuxième pays possesseur de réserves pétrolières, après le Venezuela, récemment mis au pas par Trump. Puis viennent les champs pétrolifères de l’Irak, du Koweit, des Émirats, du Qatar… Israël exploite depuis 2019, avec la major américaine Chevron, l’immense champ gazier de Leviathan, en Méditerranée.
Cet or noir transite en partie dans le Golfe persique à bord de pétroliers passant par le détroit d’Ormuz, contrôlé par l’Iran. Plus de 20 millions de barils de 160 litres chacun sont exportés chaque jour, dont le quart vers la Chine, dont l’économie n’est actuellement pas en mesure de se passer. Le cinquième du commerce mondial de GNL, le gaz naturel liquéfié, provenant majoritairement du Qatar, transite également, vers l’Europe notamment, par ce détroit. On comprend donc l’énorme enjeu que représente le contrôle de cette voie maritime, bordée sur l’une de ses deux rives par l’Iran !
Grâce aux pétrodollars, les familles capitalistes régnantes des États du Golfe ont développé une énorme puissance financière, sous la forme de fonds souverains d’investissement. Ainsi, en Arabie saoudite, le Public Investment Fund avait placé, en 2025, plus de mille milliards de dollars dans des infrastructures portuaires et aéroportuaires, et dans les start-up de l’IA. Le Abu Dhabi Investment Authority, le plus gros fonds souverain mondial, a investi dans l’immobilier, à Paris et à Londres, dans les énergies renouvelables – un comble ! – et également dans l’IA. Le Qatar Investment Authority, de son côté, a investi dans le luxueux quartier d’affaires londonien de Canary Wharf, dans l’automobile européenne chez Volkswagen ou la banque Barclays. Dubaï offre une zone franche à 3 500 multinationales et assure 10 % du commerce maritime mondial. Les Émirats ont aussi en projet, depuis 2023, le corridor IMEC (Inde, péninsule arabique, Europe), destiné à concurrencer les routes de la soie chinoises, et auquel l’Iran est, outre la Chine, jusque-là fermement opposé.
La région du Golfe est ainsi aujourd’hui plus qu’une énorme réserve de richesses. Elle abrite une concentration de capitaux dont l’impérialisme veut s’assurer le contrôle, comme il veut s’assurer le contrôle des voies qui la desservent.