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Dans le monde
Russie : une parodie d’élections
Les élections législatives du 18 au 20 septembre en Russie, les premières depuis qu’a éclaté la guerre en Ukraine, ont été conformes à ce qu’en attendait le Kremlin.
Le parti de Poutine, Russie unie, a obtenu plus des deux tiers des 450 députés à la Douma d’État. Cette majorité écrasante lui permet de gouverner sans craindre une Assemblée nationale au rôle uniquement décoratif, où siègent, en outre, quelques dizaines d’élus de partis liés au pouvoir, tels le KPRF, un parti va-t-en-guerre qui se dit communiste, et LDRP, un parti « libéral » ultranationaliste. Ce résultat permet surtout à Poutine de se targuer d’une adhésion massive à sa politique et à sa guerre en Ukraine.
Juste après la fin de l’Union soviétique, la « nouvelle Russie », qui faisait alors les yeux doux à l’Occident, avait adopté un système électoral multipartite laissant une petite dose d’incertitude quant aux résultats des scrutins. Ce changement de décorum n’avait bien sûr pas fait disparaître les vieilles habitudes au sommet, et des échauffourées éclataient parfois dans les bureaux de vote, des électeurs ayant pris des membres des autorités la main dans le sac, c’est-à-dire dans l’urne qu’ils étaient en train de bourrer.
Depuis, le Kremlin a mis bon ordre à ces désagréments. Un temps tolérés sur les lieux de vote, les observateurs de l’opposition y sont désormais interdits. Quant à la vidéosurveillance, garante de la « sincérité du scrutin », elle est devenue inaccessible depuis 2021. Et les membres des commissions électorales, pourtant choisis par le pouvoir, ont perdu même leur petit rôle consultatif en cas « d’incident » de vote dûment constaté.
Pour faire bonne mesure, le pouvoir a étalé le vote sur trois jours. Cela lui a donné plus de temps pour « ajuster » les choix exprimés par les électeurs, les instances électorales préparant très à l’avance les suffrages à attribuer selon des directives centrales. Revers de la médaille, cela permet de ne pas aller voter si l’on prend un week-end de trois jours, les enfants n’allant plus à l’école, devenue centre de vote. D’où une innovation qui se généralise : le vote électronique permettant de s’absenter et d’accomplir quand même son « devoir patriotique », une injonction martelée par la propagande. Les autorités peuvent aussi plus facilement savoir pour qui penche l’électeur – surtout quand il a dû voter sur un écran géant à la vue de tous !
Beaucoup ont d’ailleurs reçu un SMS du bureau des élections ou une « invitation » de leur patron à passer au vote électronique. À Moscou, des employés de la mairie ont été mis à contribution : chacun devait trouver et désigner cinq volontaires pour assurer ce vote…
Le Kremlin, comme d’autres régimes autoritaires de par le monde, a tous les moyens pour obtenir des élections qu’elles lui donnent les résultats qu’il a décidés par avance. Mais le principal problème pour lui était la participation au scrutin. En effet, quel que soit le chiffre de participation qu’il proclame – un record, 59 % – les autorités savent que, surtout dans les grandes villes, et notamment dans les entreprises, beaucoup d’électeurs ne sont pas allés voter et l’ont dit.
Poutine et son lieutenant Medvedev ont beau claironner que ces législatives sont un succès, qu’elles « rapprochent le pays de la victoire » en Ukraine, autre slogan électoral du Kremlin, la réalité n’est pas aussi riante pour lui.
Déjà, le dernier jour des élections, une attaque de drones ukrainiens sur Moscou et d’autres régions a fait plusieurs morts, des dizaines de blessés et détruit des objectifs stratégiques, rappelant que chacun se retrouve face à la guerre et que la clique du Kremlin, malgré toutes ses rodomontades, est incapable d’en protéger sa population.
Les deux instituts de sondage officiels notent une chute inédite de la cote de Poutine, une lassitude de la guerre qui se généralise. Ces derniers jours, ces organismes signalaient que la population classait comme principaux faits marquants des derniers mois les attaques de drones sur les villes russes, la pénurie de carburants et les incendies géants de raffineries.
Et il ne fait pas de doute que la situation des classes populaires ne va pas s’améliorer. Dès le 1er octobre, les charges liées au logement vont augmenter de 15 à 20 % selon les régions. Alors que des entreprises réduisent les payes, et dans tous les cas ne les augmentent pas au rythme d’une inflation qui s’emballe, on entend parler de travailleurs qui réclament des arriérés de salaires, et parfois en obtiennent le paiement, qui protestent contre des menaces de fermeture d’usine, de services publics. Comme souvent en pareil cas, les femmes sont les premières à en faire les frais : la KTR (Confédération russe du travail) signale que l’écart salarial entre travailleuses et travailleurs, qui avait récemment un peu diminué, s’envole à nouveau, atteignant une moyenne de 33,7 %.
Alors, même si Medvedev, le chef du parti poutinien, dit vrai quand il déclare qu’il n’est pas question d’une mobilisation générale, le Kremlin n’a à offrir que du sang et des larmes à la population. Et le fait d’avoir laissé une centaine d’indépendants concourir aux législatives sur plus de 4 500 candidats, non seulement ne présentait aucun risque pour lui, mais ne peut donner le change. Les gouvernants, les nantis et les possédants du système russe ne méritent que d’être renversés.