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Dans le monde
Russie : le prix de la guerre
Le nombre de fonctionnaires diminuera de 15 % à Moscou, a annoncé son maire, Sobianine, lors d’une réunion municipale consacrée à l’examen de l’exécution du budget.
Il a évoqué « la diminution de la croissance des recettes budgétaires » : 2 % au lieu des 6,5 % attendus, ajoutant que cela se traduirait aussi par une réduction des 10 % des dépenses d’investissement. Il est difficile de savoir précisément ce que cela recouvre. Mais l’annonce en elle-même est significative d’une dégradation des finances du pays qui s’accélère, compte tenu du fait que la capitale fait figure de ville-région privilégiée car, outre qu’elle est le siège du pouvoir, elle draine la majorité des flux financiers de la Fédération de Russie.
Voici plusieurs semaines, la presse russe a fait état de la réduction drastique des primes d’engagement par la plupart des provinces. Elles n’ont plus les moyens des « largesses » qu’elles ont fait miroiter durant quatre ans aux yeux des plus pauvres pour qu’ils acceptent de servir de chair à canon. Pourtant l’armée a toujours besoin de chair fraîche pour remplacer les soldats morts et blessés en Ukraine, ce que le Kremlin considère comme prioritaire.
On a aussi appris que, dans un domaine comme le budget de la santé, qui touche toute la population, les régions ont décidé de tailler à la hache, pour la première fois depuis le début de la guerre, en février 2022. À Novossibirsk, les dépenses allouées à la santé ont diminué de 12 %. À Vologda, un record, elles chutent de 39 %, contre 30 % en Yakoutie et en Sibérie orientale. Même Moscou n’est pas épargnée : son budget médical diminue d’un quart.
Tous les échelons de l’organisation de la santé sont visés, depuis les structures de proximité (polycliniques, centres de médecine ambulatoire, postes de secours ou d’obstétrique) jusqu’à la construction ou la rénovation des établissements hospitaliers. Les salaires des soignants (médecins, infirmières, etc.), déjà fort bas, ce qui a entraîné plusieurs grèves ces derniers mois, vont à nouveau être réduits. On parle là des grandes villes, mais la situation est bien pire dans les régions excentrées et les campagnes éloignées des centres urbains.
Officiellement, les autorités régionales peuvent emprunter pour financer leur budget santé, et cela vaut également pour l’éducation, elle aussi soumise à une diète sévère. Mais les gouverneurs ne le font pas car le ministère des Finances proscrit un endettement accru en l’absence de croissance économique, et parce qu’ils savent qu’ils sont jugés en haut lieu sur les économies qu’ils sont capables d’imposer à la population.
Les finances publiques en berne, avec pour conséquence une réduction sévère des dépenses sociales, sont une conséquence directe de la guerre en Ukraine qui absorbe toujours plus de ressources du pays et de l’État. La situation est telle que, même dans certaines usines, qui travaillent pourtant pour l’armement, on voit réapparaître des retards de paiement de salaire, les directions cherchant là aussi à faire des économies. Mais Sobianine s’est voulu rassurant en déclarant que le financement des « projets conjoints (de Moscou) avec le ministère de la Défense de la Fédération de Russie » seront assurés…
Les coupures des liaisons avec les serveurs « étrangers », le blocage d’Internet dans les grandes villes et en vigueur à Moscou depuis quelque temps, sont censés rendre plus difficiles le guidage des drones ukrainiens. Mais ils touchent surtout pour l’heure la vie quotidienne de la population. Ils entravent bien sûr un certain nombre d’activités économiques, dans le commerce notamment. Mais qu’importe aux autorités car, en prime, cela rend plus facile la surveillance des échanges entre les mécontents de la situation.