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Leur société
Sans-papiers : ceux qui profitent de leur misère
Les obstacles que doivent affronter les immigrés pour obtenir des papiers ne plongent pas seulement ceux-ci dans le désespoir. Ils sont aussi source de profits pour certaines entreprises.
Parmi celles-ci, la société France Accès propose aux sans-papiers de « faciliter les démarches administratives » moyennant finance. Prise de rendez-vous en préfecture, constitution de dossier, suivi administratif sont autant de démarches pour lesquelles des syndicats ou des associations peuvent proposer bénévolement leur aide. Leur communication est cependant moins visible que celle de France Accès, dont l’agence située au départ du tramway à la station Saint- Denis-Porte-de-Paris ne peut qu’attirer l’œil des nombreux sans- papiers qui fréquentent le lieu. Il y a 21 agences du même type en région parisienne et dans l’est de la France.
Il y a quelques années, les demandeurs faisaient la queue à la porte des préfectures comme celle de Bobigny en Seine-Saint-Denis et s’installaient la nuit bien avant l’ouverture des portes. Depuis, la prise de rendez-vous ayant été dématérialisée, les trafiquants en ont fait un commerce, veillant 24 heures sur 24 pour les préempter et les revendre de 50 à 500 euros. Ce marché de la misère ne pouvait rester longtemps ignoré d’entreprises ayant pignon sur rue. C’est le cas pour France Accès dont le dirigeant est un ancien conseiller régional d’Île-de-France, proche de Benoît Hamon, qui avait dû démissionner de son mandat en 2019 après avoir obtenu pour son entreprise de formation un marché public destiné à la lutte contre la radicalisation au moyen du sport.
Le gouvernement, obsédé par la chasse aux immigrés, multiplie les obstacles à l’obtention de titres de séjour. Les derniers en date sont l’attestation du niveau de langue et l’examen civique, qui impose de répondre à des questions devant lesquelles bien des Français « de souche » seraient embarrassés. Cela aussi fait le miel de telles entreprises. Il s’y ajoute toutes les difficultés relevant du simple comportement des administrations. À Saint-Denis par exemple la sous-préfecture avait commencé en 2024 par filtrer les entrées en envoyant des agents demander les papiers à travers les grilles.
Ainsi, même la détresse des sans-papiers peut faire le profit de margoulins ayant pignon sur rue. Un système pourri ne peut que nourrir des rapaces prêts à s’abattre même sur les plus démunis.