SNCF : licenciements et déréglementation25/03/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/03/une_3008-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

SNCF : licenciements et déréglementation

Au travers du processus de mise en concurrence, la direction de la SNCF entend démolir les conditions de travail et engage des procédures de licenciement contre ceux qui refusent d’être transférés. Il s’agit d’une déclaration de guerre à l’ensemble des cheminots.

Malgré l’opposition des cheminots exprimée durant quatre mois, le gouvernement Macron avait imposé en juin 2018 un prétendu « pacte ferroviaire ». Il généralisait l’ouverture à la concurrence du transport de voyageurs à partir de décembre 2023 et supprimait le statut des nouveaux embauchés.

Sur les TER ou Transilien, l’activité est désormais découpée par les régions en « lots », regroupant une ou plusieurs lignes et soumis les uns après les autres à des appels d’offres. Sur 33 lots déjà concernés, 11 ont d’ores et déjà été attribués : 7 à la SNCF et 4 à des concurrents, comme Transdev ou RATP Dev. Mais, quel que soit le vainqueur, les cheminots seront transférés dans une nouvelle société : en effet, la SNCF postule au travers de filiales, des coquilles vides, qu’elle crée et baptise au gré des appels d’offres, comme SV Sud Azur à Nice, SV Étoile d’Amiens, SV Cœur Ouest pour la ligne L du Transilien, etc.

Bien souvent, les cheminots, quel que soit leur métier, travaillent sur différentes lignes et activités indépendamment des lots résultant des appels d’offres. La loi de 2018 a donc prévu que dès qu’un cheminot réalise au moins 50 % de son travail pour ce lot, il doit être transféré dans l’entreprise ayant emporté l’appel d’offres correspondant. Alors qu’elle pourrait sans problème proposer à ceux qui ne sont pas volontaires un reclassement ailleurs, la SNCF veut au contraire intimider l’ensemble des cheminots en licenciant les récalcitrants.

Ainsi, la direction vient d’annoncer lors d’un « entretien d’information » à vingt cheminots de la région de Saint- Lazare, qu’ils seront licenciés à la fin de l’année 2026 pour avoir refusé le transfert dans la filiale SVCO, qui a emporté l’appel d’offres pour la ligne L du Transilien. Elle pousse même la provocation jusqu’à indiquer qu’elle retiendra la somme correspondant à leur formation, comme s’il s’agissait d’une démission.

La menace vise l’ensemble des cheminots, car le véritable enjeu de cette prétendue mise en concurrence est la démolition de leurs conditions de travail et de rémunération. Dans la foulée de la loi de 2018, une convention collective du ferroviaire a été promulguée, très régressive par rapport à la réglementation du travail de la SNCF. Un prétendu « sac à dos social » devait accompagner durant une période transitoire le personnel transféré. Mais ce qui est programmé c’est au contraire l’augmentation de l’amplitude du travail, la suppression de primes, la multiplication de la polyvalence par le biais de la filialisation. Sur le plan salarial, la direction, après avoir promis une « garantie de rémunération » aux cheminots transférés, rogne sur le maximum de primes et entend leur faire les poches.

Castex, nouveau président de la SNCF, vient de recevoir les syndicats et de dérouler son plan d’attaques : il veut que les prises et fins de service soient délocalisées, engendrant un temps de travail bien supérieur, remettre en question les roulements, les taquets encadrant les repos et annonce vouloir ponctionner cinq jours de repos aux cheminots travaillant dans les filiales.

Les patrons savent pourtant que c’est une chose de transférer des travailleurs dans une filiale, c’en est une autre de leur faire accepter que leur vie quotidienne soit démolie. Leur espoir est qu’en éclatant les cheminots dans différentes sociétés, ils empêcheront aussi leur réaction collective. Il faut au contraire que, quelle que soit leur entreprise actuelle ou de destination, déjà filialisés ou non, les cheminots défendent ensemble leurs intérêts de classe. Cela commence par s’opposer à toute menace de licenciement et toute dégradation des conditions de travail.

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