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Dans le monde
Trump-Xi Jiping : sourires et marchandages
Loin des insultes qu’il proférait à l’égard de la Chine il y a un peu plus d’un an, Donald Trump a reçu Xi Jinping en grande pompe à Washington entre le 23 et le 25 septembre.

La mise en scène trumpienne, soigneusement calculée pour les télévisions américaines, n’a cependant pas effacé la rivalité entre les deux puissances. Ainsi, entre le dîner de gala et la visite du chantier de la salle de bal de Trump en compagnie d’une brochette de grands patrons américains, États-Unis et Chine ont renégocié les tarifs douaniers et discuté de leurs positions respectives autour de l’Iran et de Taïwan.
Si Trump a soigné la mise en scène, c’est surtout pour pouvoir afficher auprès de son électorat au moins une réussite sur le plan international. Alors que les élections de mi- mandat approchent, son camp est en mauvaise position : la guerre contre l’Iran, impopulaire aux États-Unis, se prolonge, alors que les prix des carburants sur le sol américain s’envolent. Briller auprès de son électorat en montrant qu’il a réussi à pacifier la relation sino- américaine, qu’il avait lui-même envenimée, était sans aucun doute l’objectif.
Dans les coulisses, les deux puissances ont renégocié les taxes douanières qu’elles s’infligent l’une l’autre. Elles étaient montées en avril 2025 jusqu’à 145 % côté américain et 125 % côté chinois. Alors que la Chine rendait coup pour coup et que les intérêts de nombreuses entreprises américaines étaient mis à mal par de telles taxes, les États-Unis ont fait redescendre la pression il y a un peu plus d’un an maintenant, avec des tarifs de 30 % sur les importations de produits chinois, la Chine imposant à 10 % les importations de produits américains. Cependant, signe que la relation entre les deux puissances est toujours une question de rapport de force, cette trêve n’a été prolongée que de deux mois, les États-Unis préférant conserver un moyen de pression.
En recevant Xi avec faste, Trump a voulu aussi démontrer qu’il fait tout pour débloquer la situation au Moyen-Orient et ainsi faire baisser les prix des carburants. Depuis le début de la guerre américaine contre l’Iran, la Chine n’a pas cessé d’acheter du pétrole ni de soutenir l’économie iranienne, malgré l’embargo américain, malgré les sanctions américaines contre les entreprises chinoises. En répondant maintenant favorablement à la « stabilité stratégique » de Xi Jinping, Trump laisse entendre qu’il compte sur ses bonnes relations avec Pékin pour que la Chine fasse elle-même pression sur l’Iran et sur les Houthis pour qu’ils laissent au moins passer les pétroliers par le canal de Suez.
L’avenir dira si cette politique est réaliste mais, pour la rendre crédible, l’impérialisme américain se sert de Taïwan comme monnaie d’échange. Alors qu’il arme l’île depuis toujours et qu’il vient de lui vendre pour 11 milliards de matériel militaire, Trump vient de suspendre – et non d’annuler – un contrat avec Taïwan de 14 milliards de dollars d’armement. C’est sans doute opportun au moment où il demande à Pékin une aide au Moyen-Orient. Mais Taïwan, que les États-Unis ont aidé à se séparer de la Chine en 1949, reste pour eux un puissant moyen de pression qu’ils utilisent et utiliseront le plus longtemps possible contre Pékin.
Depuis la guerre commerciale d’il y a un an, les priorités américaines ont changé. Mais, dans le fond, les États-Unis considèrent toujours la Chine comme leur rival systémique, à contenir. Cela n’empêche pas les accolades.