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Dans le monde
Tunisie : l’Europe sous-traite la chasse aux migrants
Les autorités tunisiennes mènent une politique de violence contre les migrants et diffusent une propagande raciste. En désignant les migrants comme boucs émissaires, elles cherchent à faire oublier la crise économique et font le sale travail pour le compte des pays européens.
Détentions arbitraires, tortures, expulsions collectives dans le désert, viols, vente d’êtres humains aux gardes-frontière libyens : ces faits connus et dénoncés par des associations humanitaires depuis 2023 ne sont encore que la partie visible d’un système.
De vastes camps ont été installés en Tunisie, principalement dans le Sud, où les migrants sont privés de tout accès aux soins, exposés à de nombreuses maladies. Le taux de mortalité infantile y est alarmant. Les personnes interceptées par la police sont souvent renvoyées vers des centres de détention en Libye ou en Algérie, où elles subissent des traitements inhumains et le travail forcé.
Justifiant ces violences systématiques et appelant la population à s’y joindre, le président Kaïs Saïed parle d’un complot visant à « métamorphoser la composition démographique de la Tunisie », une théorie du grand remplacement à sa sauce. Il cherche ainsi à faire oublier l’aggravation de la crise économique et sociale, les coupures d’eau et d’électricité, les incendies ravageurs, la dégradation des hôpitaux, la hausse du coût de la vie et le chômage, qui touche 38 % des jeunes.
Des agressions de migrants et des manifestations anti- immigration ont effectivement eu lieu, encouragées par le pouvoir. Mais il y a aussi des manifestations de solidarité et, dans le Sud, bien des habitants viennent spontanément en aide aux réfugiés malgré les risques.
Les pays européens, en particulier la France, sont directement responsables de cette politique répugnante. En effet, la Tunisie a conclu plusieurs accords sur le contrôle migratoire et les expulsions, avec l’Italie depuis 1998, avec la France depuis 2008 et avec l’Allemagne depuis 2017. En 2023, la France et l’Union européenne ont signé un accord prévoyant le versement de 105 millions d’euros à la Tunisie pour « renforcer la coopération pour lutter contre et diminuer les flux migratoires et sauver des vies humaines ». Le cynisme de ces assassins de part et d’autre de la Méditerranée n’a pas de bornes.
L’accord prévoit aussi de « fournir un appui financier additionnel adéquat, notamment pour les acquisitions, la formation et le soutien technique nécessaires pour améliorer davantage la gestion des frontières tunisiennes ». Macron le justifiait en parlant de « lutter contre les réseaux de passeurs », une belle hypocrisie.
Car, dans le même temps, le régime réprime les opposants et les militants, comme Saadia Mosbah, figure de la lutte contre le racisme, condamnée en juin à huit ans de prison. Les gouvernements européens qui financent ce régime n’hésitent pas à condamner en paroles la répression et à donner des leçons de morale humanitaire.
Face à cette politique meurtrière menée en commun par les pays européens et leur chien de garde en Tunisie, les travailleurs ont les mêmes intérêts. Qu’ils soient tunisiens, français ou migrants, ils ne doivent pas tomber dans le piège de la division. Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !