Gouvernement Meloni : la liberté la mieux protégée est celle d’exploiter les travailleurs21/02/20262026Lutte de Classe/medias/mensuelnumero/images/2026/02/une_254-c.jpg.484x700_q85_box-11%2C0%2C1372%2C1969_crop_detail.jpg

Gouvernement Meloni : la liberté la mieux protégée est celle d’exploiter les travailleurs

Cet article est une traduction de la revue Lotta di classe éditée par nos camarades de L’Internazionale (UCI – Italie).

En Italie, les effets de la guerre mondiale du capital contre les travailleurs sont évidents. Si l’on se limite aux faits les plus récents, rapportés par la presse, on a assisté à une multiplication des agressions physiques, perpétrées par des employeurs ou leurs sbires à l’encontre d’ouvriers, lors de leurs piquets de grève. Le cas le plus récent s’est produit à Prato, près de Florence, le 16 novembre 2025, une ville où sont installées des milliers d’entreprises textiles intermédiaires de l’industrie chinoise et asiatique qui fournissent les grandes entreprises européennes du secteur. Ce jour-là, les patrons de plusieurs entreprises installées dans un centre commercial de vente en gros sont sortis dans la rue pour agresser, avec l’aide d’une vingtaine de voyous, les ouvriers qui protestaient contre leurs conditions de travail. Mais dans d’autres villes, des incidents du même genre se sont multipliés ces derniers temps, chaque fois que des ouvriers luttaient pour des conditions de travail plus acceptables, lors de grèves souvent organisées par des syndicats de base. Leurs revendications étaient simplement d’obtenir le respect des conventions collectives, au lieu d’être contraints de travailler dix ou douze heures par jour, sept jours sur sept.

Une politique antiouvrière à tous égards

Ces entreprises traitent les travailleurs de manière tout à fait illégale, mais la justice tarde, et le mot est faible, à prendre des mesures contre leurs patrons. Le fait que les patrons étaient chinois et les ouvriers pakistanais a fait dire aux commentateurs réactionnaires qu’il s’agissait d’un problème ne concernant que les immigrés. Mais cela confirme au contraire que la nationalité des uns et des autres n’est pas le problème : dans chaque pays, il y a des exploités et des exploiteurs et les travailleurs italiens font partie des premiers.

Combien d’ouvriers sont-ils exploités en dehors des limites légales et contractuelles en Italie ? Il n’y a, bien sûr, pas de chiffres précis, mais selon les données du ministère de l’Économie et des Finances lui-même sur ce qu’il définit comme le secteur de l’« économie souterraine », celui-ci représente un chiffre d’affaires de plus de 180 milliards d’euros, 217 milliards selon l’Institut national de statistiques (Istat). Cela inclut sans aucun doute, au moins en partie, des cas comme celui de Prato. Au total, un dixième du PIB italien est généré par le travail au noir.

Les secteurs les plus concernés, outre les services à la personne, sont l’agriculture, la construction, le textile et le commerce de gros et de détail. Des enquêtes récentes, qui ont impliqué des marques de mode célèbres, montrent que le travail effectué dans des conditions inhumaines est à la base de la « chaîne de valeur » de marques telles que Tod’s, Piana, Valentino et Armani. Pratiquement toutes les entreprises qui constituent la « fierté du made in Italy » sont concernées. Alors que les avocats de ces entreprises cherchent désespérément des subterfuges pour dégager la responsabilité des propriétaires des entreprises de ce qui se passe dans le monde de la sous-traitance, le gouvernement veut faire passer des lois « ad hoc ». C’est le cas d’un amendement qui a été présenté à la commission de l’industrie du Sénat, dans le cadre d’un projet de loi qui sera bientôt présenté. Selon le quotidien Corriere della Sera du 16 octobre 2025, il « vise à dégager les grandes maisons de couture de leur responsabilité pour les violations du droit du travail commises par les fournisseurs et les sous-traitants en bas de la chaîne d’approvisionnement [et] à simplifier les procédures pour les donneurs d’ordres, en leur permettant d’échapper aux sanctions prévues par le décret 231/2001 s’ils démontrent avoir adopté des modèles d’organisation et de contrôle adéquats pour prévenir les infractions. »

Il faut mesurer le poids économique du travail illégal ou semi-légal, qui comprend par exemple le fait de faire signer au travailleur un contrat qui concerne une catégorie professionnelle différente de celle à laquelle il appartient effectivement et qui est bien moins rémunérée, de le faire travailler beaucoup plus d’heures que celles convenues, de ne pas payer les heures supplémentaires, etc. On comprend alors que la politique de la Ligue de Matteo Salvini et des autres partis au pouvoir, qui vise à rendre presque impossible une vie normale aux travailleurs immigrés, sert les intérêts de secteurs importants de la bourgeoisie « respectable » et peut-être même « progressiste ». Ainsi une main-d’œuvre nombreuse vit dans la terreur constante d’être expulsée, de perdre son logement, de ne pas pouvoir rejoindre sa famille, etc., et devient une fraction de travailleurs plus facile à exploiter sans limite. Et c’est elle, sans surprise, qui constitue la plus grande partie des derniers maillons de la chaîne de la sous-traitance.

Toutes les campagnes « culturelles » menées par la droite et l’extrême droite aujourd’hui au gouvernement, contre l’islam, pour la surveillance des mosquées, contre le port du voile et autres, font également partie de ce projet réactionnaire. La droite italienne se dit horrifiée par les coutumes islamiques lorsque ces « sentiments » servent à persécuter les familles les plus pauvres, mais lorsqu’il s’agit de commercer et de faire des profits avec les États qui se basent sur la loi coranique, toutes ses méfiances fondent comme neige au soleil. En 2024, l’Italie a exporté pour près de 8 milliards d’euros vers les Émirats arabes unis et pour plus de 6 milliards vers l’Arabie saoudite. Les exportations ont augmenté au cours du premier semestre de l’année 2025, respectivement de 18 % et 5,7 %.

En Italie, la bourgeoisie trouve aujourd’hui un climat politique propice pour développer la répression dans les entreprises et « simplifier » les procédures de licenciement, comme c’est le cas dans les supermarchés Pam. La direction de l’entreprise y a lâché des inspecteurs qui, se faisant passer pour des clients, cachaient des produits dans leur caddie sans les montrer aux employés des caisses. Ils pouvaient ensuite leur reprocher leur négligence, comme s’ils avaient eu également pour tâche de jouer les policiers. Conséquences de telles provocations, trois caissiers ont déjà été licenciés à Livourne et à Sienne, et 45 ont été mis à pied à Campi Bisenzio, près de Florence. Les travailleurs licenciés ont tous de l’ancienneté, deux d’entre eux sont des délégués syndicaux, tous pourront être remplacés par du personnel précaire, moins bien payé et, espère la direction, plus « malléable ».

La volonté du gouvernement Meloni de défendre au mieux les intérêts du patronat et sa conception des libertés syndicales est également illustrée par le groupe « d’experts », aux ordres de la coalition de droite, qui travaille à l’élaboration d’une nouvelle loi qui doit diminuer encore le droit de grève dans la fonction publique, les services et les transports. Elle vise, entre autres, à imposer l’obligation d’une « adhésion préalable » des travailleurs à la grève, afin de permettre aux administrations concernées de prendre « les mesures appropriées pour assurer le bon déroulement des activités habituelles ». Entre-temps, la Commission de garantie officielle instituée pour réglementer les grèves dans les services publics essentiels a donné son feu vert aux sanctions contre le syndicat de base USB, pour avoir organisé une grève générale, le 3 octobre 2025, contre le génocide palestinien.

Cela correspond à une évolution qui a lieu dans le reste du monde. Non seulement les conditions matérielles des travailleurs se détériorent, mais on s’attaque aussi à leurs capacités d’organisation et de résistance.

La grande bourgeoisie et l’État

De l’autre côté de la société, bien sûr, les problèmes sont autres. La grande bourgeoisie n’a pas manqué de faire savoir au gouvernement ce qu’elle attend de lui. Emanuele Orsini, président de la confédération patronale, la Confindustria, a résumé ainsi la position des industriels lors de l’Assemblée nationale des producteurs d’acier, à Dalmine, dans la province de Bergame : « Avec le gouvernement, nous devons créer les conditions nécessaires à la sécurité des investissements. Car il nous est impossible d’être compétitifs seuls. » Dans le cas contraire, a-t-il averti, « nous, les entrepreneurs, nous nous levons, nous prenons nos valises et nous partons ailleurs, si les conditions y sont plus favorables ». C’est très clair : pour faire fonctionner leurs entreprises en Italie, les industriels ont besoin d’argent public et, entre les allègements fiscaux, les incitations, les taux avantageux et autres, tout doit contribuer à rendre la poursuite de la production rentable. Sinon, « ils prendront leur valise ». Or ces besoins économiques des grandes entreprises se heurtent aux « restrictions » imposées par les règles communautaires qui ont déjà abouti à mettre l’Italie sous procédure d’infraction pour déficit public trop élevé. Aussi la lutte pour accaparer la plus grande part possible d’argent public s’est intensifiée lors de la préparation de la loi de finances.

Dans une interview au quotidien La Stampa du 30 octobre, l’ancien ministre de l’Économie du premier gouvernement Conte, Giovanni Tria, a fait un commentaire quelque peu décalé sur les revendications des entrepreneurs. « Un entrepreneur ne doit pas nécessairement être incité à investir, car c’est l’un de ses principaux devoirs », a-t-il déclaré à propos de la nécessité d’investir et du fait que les entreprises demandent pour cela de nouvelles aides. C’est avouer que « le roi est nu ! » La symbiose entre le capital et l’État est en effet si avancée qu’il est admis comme naturel que pour pouvoir réaliser des profits, les patrons exigent de recevoir des fonds publics.

Mais le rôle de l’État dans le capitalisme italien ne se limite pas à servir de béquille aux grandes entreprises grâce à diverses aides et incitations économiques. Parmi les dix premières sociétés anonymes cotées à la Bourse de Milan, sept sont sous contrôle de l’État, soit par l’intermédiaire du ministère de l’Économie et des Finances, soit par l’intermédiaire de la Caisse des dépôts et consignations. Cela crée évidemment des liens très particuliers avec les organes du gouvernement, la haute bureaucratie, les partis parlementaires et leurs courants. De plus, six de ces sociétés étant liées au secteur de l’énergie, il est clair qu’il existe un rapport direct entre les profits de ces entreprises, la politique économique et la politique étrangère du gouvernement.

L’industrie capitaliste est donc fortement sous influence de l’État au sens où les quelques géants de l’industrie sont presque tous publics ou semi-­publics. Les énormes profits de ces entreprises sont distribués de différentes manières, selon que leur actionnariat est totalement ou partiellement public. Depuis des décennies, une fraction de la bourgeoisie très directement liée à l’État s’approprie ces profits par des moyens indirects, salaires élevés, primes astronomiques, et mille et une astuces administratives qu’une armée d’avocats et de comptables est capable d’inventer.

« Génie » italien ?

La petite taille de la grande majorité des entreprises est une autre caractéristique du capitalisme italien. Selon les données de l’Unioncamere, qui regroupe les chambres de commerce, 5 063 000 entreprises étaient enregistrées en 2025, ce qui représente une entreprise pour 11,6 habitants. Mais le chiffre qui illustre le mieux cette fragmentation est celui des grandes entreprises de 250 salariés et plus, qui dans l’Union européenne représentent 0,2 % du total mais emploient plus d’un tiers de la main-d’œuvre et génèrent la moitié du chiffre d’affaires net. En Italie, le nombre de ces entreprises est de moins de 4 200, elles représentent 0,1 % du total et emploient 23 % des salariés. Même s’il faut considérer ces données avec prudence, car elles varient considérablement selon les sources, on peut y voir un portrait fidèle du capitalisme italien, dans lequel les petites et très petites unités de production absorbent une main-d’œuvre bien supérieure proportionnellement à ce qui se passe dans les plus grands pays européens.

Ce grand nombre d’entreprises recouvre différents phénomènes. L’un d’eux est de masquer des relations de travail qui sont en réalité des relations de dépendance. Pour de nombreux travailleurs, « créer une entreprise » est un moyen de conserver leur emploi, à moindre coût pour les employeurs. C’est l’une des explications de la croissance du nombre d’entreprises enregistrées au cours des 25 dernières années (+16 %). Mais pour les militants de la classe ouvrière, cette fragmentation constitue un obstacle à l’organisation du prolétariat et se trouve à la base de toute une série de fragilités, des salaires bas au travail au noir, en passant par un nombre élevé de morts au travail.

Les porte-parole du monde des entreprises ne cessent de répéter qu’en Italie « il est difficile de faire des affaires », mais les chiffres les contredisent. La justification idéologique qu’ils donnent à l’incohérence de leurs affirmations est généralement l’existence d’un « génie » italien. Par exemple, selon le directeur général d’une société de conseils et de services aux petites et moyennes entreprises, Verum Partners, « l’Italie reste une terre riche en personnes géniales et entreprenantes ». Mais il ajoute que « ceux qui font des affaires doivent surmonter des obstacles et des difficultés et doivent donc être soutenus et aidés ». Et c’est précisément à cela que sert son entreprise.

Le nombre de petites et très petites entreprises augmenterait donc, bien que le contexte de réglementations et de pratiques bureaucratiques entrave l’activité entrepreneuriale. C’est du moins ce qu’affirment tous les organes de presse et tous les représentants du monde des entreprises. L’explication de ce phénomène étrange serait le « génie » et « l’esprit d’initiative » des entrepreneurs italiens, une explication qui frôle le racisme avec l’idée d’une sorte de supériorité raciale ou nationale supposée des Italiens. Dommage que, là encore, les données contredisent cette idée, car c’est surtout le nombre d’entreprises appartenant à des immigrés, dont 80 % proviennent de pays non européens, qui augmente.

La réalité est qu’il existe une sorte de tolérance institutionnalisée à l’égard du non-respect des règles fiscales, sanitaires et de sécurité au travail. Depuis des décennies, l’État ferme les yeux. Pourquoi ? Parce que de telles petites entreprises, commerciales ou autres, remplissent une fonction de soupape et d’amortisseur social du chômage. Cela implique diverses formes d’auto exploitation avec des horaires prolongés au-delà de toute raison et la crainte constante d’être écrasé par le marché. C’est ainsi qu’une masse d’exploités qui n’ont pas le statut de salariés peuvent avoir l’illusion d’être des « entrepreneurs » et devenir une catégorie facilement mobilisable dans les campagnes politiques menées pour défendre la « liberté d’entreprise », contre la « bureaucratie » et aussi contre les syndicats. Ce sont autant de miroirs aux alouettes pour une ­petite­-­bourgeoisie marginale qui, croyant souvent lutter contre la toute-puissance du grand capital, finit par en devenir une masse de manœuvre manipulable.

Les inégalités sociales se creusent

Bien que le gouvernement Meloni se vante d’avoir élaboré une loi de Finances en faveur des classes moyennes et des couches les plus défavorisées de la population, après trois ans de gouvernement les principales tendances en matière de répartition des richesses et de niveau des salaires se sont renforcées.

Un terme de comparaison du poids économique des classes les plus riches est, par exemple, l’augmentation de la richesse détenue par les 71 milliardaires italiens connus du fisc au cours de l’année 2024, soit 61,1 milliards d’euros (données Oxfam). À titre de comparaison, la loi de Finances de l’année « pèse » environ 18,7 milliards d’euros, soit moins d’un tiers de l’augmentation de la richesse des 71 personnes au sommet de la classe bourgeoise !

L’augmentation des inégalités est confirmée par la comparaison entre la part de richesse des 10 % les plus riches et celle des 50 % les plus pauvres au cours des quinze dernières années. Ainsi, les plus riches possédaient 52,5 % de la richesse en 2010 et en possèdent 60 % aujourd’hui. La moitié la plus pauvre, en revanche, est passée de 8,3 % de la richesse à 7,4 % actuellement.

La croissance prévue, mesurée par le PIB, varie selon les estimations entre 0,6 % à la fin de l’année et en 2026 selon l’OCDE, et 0,9 % d’après les évaluations de la Commission européenne. Il s’agit là de pourcentages très modestes, tous inférieurs à 1 %, nettement inférieurs à ceux de la zone euro, qui frôlent pourtant eux aussi la stagnation. Cela juge la vantardise du gouvernement Meloni selon laquelle « nous faisons mieux que les autres économies européennes ». Mais cela n’empêche pas, comme on l’a vu, l’augmentation des richesses de la grande bourgeoisie, à laquelle personne n’envisage de toucher et qui sont considérées comme intangibles. Chaque fois qu’il est question d’impôt sur la fortune, de grands cris s’élèvent contre les mesures « communistes » redoutées. Cela a été le cas, par exemple, face à la proposition du syndicat CGIL de taxer par une « contribution de solidarité » le 1 % de la population possédant un patrimoine supérieur à deux millions d’euros. Selon Landini, secrétaire de la CGIL, cette taxe permettrait de récolter 26 milliards d’euros par an qui seraient consacrés à la santé, à l’aide aux personnes dépendantes et au logement social.

Mais l’égoïsme de classe de la grande bourgeoisie s’étend à son propre système, car si tous les experts économiques s’accordent à dire que les investissements, la recherche et la formation des jeunes seraient la clé de la relance du capitalisme italien, aucun milliardaire ou millionnaire italien ne s’est manifesté pour annoncer sa volonté de céder une infime partie de sa fortune à financer toutes ces bonnes intentions. Pourtant, les 71 riches déjà cités possèdent selon les données officielles 272,5 milliards d’euros, et la seule richesse en titres boursiers des dix premiers détenteurs d’actions s’élève à 116 milliards. Pour tous ces gens, la relance de l’économie nationale, c’est-à-dire de leur économie capitaliste, doit être payée par tous les autres !

La situation économique des salariés a été décrite sous toutes les coutures, y compris par la presse bourgeoise. Il suffit de rappeler ici que, selon l’OCDE, entre 2021 et 2025, les salaires réels italiens ont diminué de 7,5 %, « la baisse la plus importante des salaires réels parmi toutes les principales économies ». Selon l’Istat, sur un total de 23 millions de personnes ayant un emploi, 10,02 % sont des travailleurs pauvres, c’est-à-dire dont le salaire est inférieur à 60 % du revenu médian national1. L’incidence de la pauvreté absolue parmi les ménages dont le chef de famille a un emploi est de 8,7 %, mais elle atteint 15,6 % lorsque le chef de famille est ouvrier. La pauvreté, vue sous cet angle également, augmente. Selon la Caritas, organisation catholique de bienfaisance, le nombre de familles indigentes a augmenté de 43 % au cours des dix dernières années. Aujourd’hui, environ un dixième de la population est pauvre.

Dans un éditorial du Corriere della sera du 19 novembre 2025, Antonio Polito souligne les conséquences de ces bas salaires sur les jeunes générations. Il fait notamment le lien entre ceux-ci et la fuite de la main-d’œuvre hors du pays. Ainsi, écrit-il : « Six millions et demi de nos compatriotes vivent déjà à l’étranger (un million de plus que les étrangers résidant en Italie) ; et le flux ne cesse de croître. Il s’agit en grande partie de jeunes et de jeunes adultes. Une véritable fuite : + 38 % en un an… Un infirmier en Italie gagne 1,8 fois moins qu’en Allemagne, un médecin 1,1 fois moins. Pour chaque centaine d’euros de salaire de nos enseignants, leurs homologues allemands en touchent 211, dans des conditions économiques semblables. Ne partiriez-vous pas vous aussi ? » Polito fait référence aux travailleurs les plus qualifiés, mais le total comprend également 30 % de jeunes qui n’ont même pas de diplôme et trouvent du travail comme ouvriers.

Lutter pour une société communiste

La crise systémique du capitalisme transparaît dans tous les aspects de l’organisme social. Dans chaque pays, cette crise se développe de manière spécifique, car la manière dont le capitalisme s’y est développé est spécifique. Il ne s’agit plus tant de mesurer les indicateurs économiques que de constater l’effondrement progressif de tout ce qui constituait, jusqu’à il y a quelques années, dans les pays les plus développés, la base matérielle d’une certaine tranquillité, d’une certaine confiance en l’avenir pour la majorité de la population. Après plus de deux cents ans d’histoire, après une succession d’innovations formidables dans le domaine de la science et de la technologie, le capitalisme industriel moderne ne parvient même pas à garantir un niveau de vie décent aux travailleurs. Et tout montre que, laissée à elle-même, la situation va empirer. Sur tous les autres aspects qui englobent la vie des sociétés humaines, la situation n’est pas meilleure. La guerre est devenue une menace permanente, même en Europe, tandis que la destruction, l’empoisonnement et le gaspillage des ressources naturelles se poursuivent. Les montagnes d’analyses, de recherches et d’études scientifiques qui mettent en évidence le danger mortel que ce comportement représente pour l’humanité, sont en fait ignorées, voire ridiculisées comme de l’alarmisme… idéologique.

Le communisme en tant qu’organisation sociale, en tant que société humaine pleinement maîtresse des ressources disponibles et des moyens d’en créer d’autres, en tant que mouvement qui libère le travail humain de l’asservissement au capitalisme, est la seule réponse possible, le seul espoir pour ne pas sombrer dans la barbarie.

19 novembre 2025

1L’Insee considère que le « seuil de pauvreté » correspond à un salaire égal à 60 % du revenu médian national. Selon ce critère, ce seuil était en 2023 de 1 030 euros par mois en Italie et de 1 278 euros par mois en France.

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