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- Lutte ouvrière n°3036
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Article du journal
Un mouvement que le pouvoir n’a pas pu arrêter
En quelques jours, le mouvement lycéen a gagné tout le pays. Après avoir essayé de l’étouffer dans l’œuf, l’État ne ménage aucun effort pour tenter de l’arrêter.

Macron et Lecornu ont immédiatement sorti les grands moyens : intimidations, violences policières et répression judiciaire, outre le déchaînement des médias à leur service. Dès le 28 septembre, le mouvement lycéen faisant tache d’huile, les autorités ont choisi de faire intervenir leurs « forces de l’ordre » de manière massive et musclée. Le 29 septembre, celles-ci ont pris pour cible les lycéens mobilisés dans quelque 400 établissements sur les 3 700 que compte le pays. Les lycéens ont dû affronter des déploiements policiers hors de proportion, des gazages au moindre mouvement, des coups et des interpellations particulièrement violents, voire la police à cheval dépêchée devant certains établissements comme à Sevran à plusieurs reprises du 29 septembre au 2 octobre.
Le soir du 29, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez se targuait sur BFMTV d’avoir fait procéder à 440 interpellations aux abords des lycées, soit plus d’un jeune interpellé par lycée mobilisé ! Nuñez s’est alors félicité que « deux tiers [aient] donné lieu à des gardes à vue ». Le gouvernement voulait que les jeunes sachent bien que manifester pouvait les conduire en prison, avec le lot d’humiliations et même de coups qui en découle. Ainsi 1 954 jeunes ont été interpellés jeudi 1er octobre ; 1 747 autres vendredi 2 octobre, etc. Au total, plus de 6 000 interpellations étaient comptabilisées lundi 5 octobre au soir, dont une très grosse majorité transformées en garde à vue. C’est qu’un mouvement de la jeunesse peut commencer à ébranler toute la société. Les Macron, Lecornu, Nuñez, etc., le savent pertinemment et veulent l’en empêcher.
En parallèle de la répression, le gouvernement a mené une campagne acharnée pour disqualifier la mobilisation. Les ministres se sont relayés sur les plateaux de télévision pour parler de la « violence des jeunes » et d’« émeutes urbaines ». La multiplication des images sur des feux de poubelles ou des barricades en pleine rue a été préférée à celles des jeunes défigurés par des tirs de LBD ou des grenades. L’incendie de l’entrée d’un lycée à Nantes a été, sans aucune preuve, attribué aux jeunes mobilisés. La volonté de faire peur et de créer une coupure entre les jeunes révoltés et le reste de la population était patente.
La même campagne a visé à culpabiliser les parents eux-mêmes et à les intimider. « Faites votre boulot de parents » a déclaré le préfet des Pyrénées- Orientales, à l’adresse des familles des jeunes mobilisés. Les mêmes responsables politiques qui cautionnent le délabrement général des établissements n’ont de cesse de brandir le coût des dégradations de « biens publics » lors des journées de manifestation en menaçant de faire payer les familles.
Les préfectures ont reçu la consigne de fermer purement et simplement de nombreux lycées. Le but était évidemment d’empêcher les jeunes de se retrouver, de discuter entre eux et de s’organiser.
Le pouvoir sait visiblement quelle puissance peut avoir un mouvement de la jeunesse. Mais celui-ci peut aussi y puiser les moyens de devenir de plus en plus conscient.