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Leur société
Bétharram : un système de domination
Une ONG, sollicitée par la congrégation des pères de Bétharram, a rendu les résultats de son enquête sur les crimes commis dans les établissements d’éducation catholique dépendant d’elle.
L’enquête confirme ce qu’on savait déjà mais revient sur le nombre de victimes qui entre 1950 et 2010, aurait dépassé de beaucoup les 217 déjà identifiées et pu atteindre 750, voire 1 500.
Privation de sommeil, de nourriture, gifles, passage à tabac, agressions physiques et psychologiques, violences sexuelles, tout contribuait à créer « un système de domination ». Les enfants étaient livrés à des sadiques confortés par l’étouffoir des autorités religieuses, par leur autorité sur les familles, sur la société locale, et usant même de la violence directe : le journal Le Parisien, citant le rapport, relate l’expédition de membres de Bétharram chez la grand- mère d’une victime pour récupérer des lettres compromettantes qui auraient pu déboucher sur une plainte. Quant à l’État, théoriquement chargé du contrôle, il a fermé les yeux. Il ne savait rien, comme un certain Bayrou, un temps ministre de l’Éducation et protecteur zélé de l’établissement de Notre-Dame-de-Bétharram.
Le système a sévi au-delà des frontières. La congrégation de Bétharram a envoyé des missionnaires et créé des écoles dans le monde, en particulier en Afrique. Il n’y a pas si longtemps un ex-directeur, envoyé en Côte d’Ivoire dans les années 1990, aurait abusé de plusieurs jeunes fidèles. Le directeur de la commission d’enquête, dénonce « un modèle systémique de domination sur les autres, dont les enfants », qui s’étendrait aussi au Maroc, à l’Algérie.
Les auteurs du rapport demandent à Bétharram d’ouvrir ses archives. Des victimes dénoncent « la congrégation qui met des bâtons dans les roues à toutes les procédures ». En fait, la demande d’un rapport pourrait être une façon de gagner du temps en faisant semblant de jouer la transparence.
Qui fera vraiment la lumière sur cette pédophilie et cette maltraitance institutionnalisées ? Sûrement pas un État qui subventionne l’enseignement catholique, et une classe sociale bourgeoise qui considère encore aujourd’hui la religion comme un soutien nécessaire de l’ordre établi.