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- Lutte ouvrière n°3021
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Dans les entreprises
Cantines – Charleville-Mézières : grève contre le sous-effectif
Depuis lundi 15 juin, dix-neuf des vingt-sept agents des restaurants scolaires de Charleville-Mézières, dans les Ardennes, ont entamé une mobilisation pour dénoncer le manque d’effectif permanent dans les cantines.

Un préavis de grève illimitée a été déposé et quatre jours de débrayage, de 10 h 30 à 13 h 30 ont été décidés. Les agentes doivent souvent assurer seules le service de 80 enfants alors qu’il en faudrait une pour 50. Une agente doit parfois servir 167 enfants avec seulement un renfort pendant quatre heures alors qu’elles devraient être trois. En grande majorité des femmes, elles sont payées au smic, douze d’entre elles ont plus de 55 ans.
Les départs à la retraite n’étant pas compensés, la brigade de remplacement, constituée de seulement six agentes, tourne en permanence dans les dix-neuf cantines en manque constant de personnel. Une agente dénonce à juste titre : « On fait le boulot de deux et on n’est même pas payées double ! ». Les travailleuses ont, à de multiples reprises, alerté la direction, dont la seule réponse a été de recruter une psychologue pour endiguer « les souffrances au travail ou encore les situations de détresse ayant parfois conduit à des tentatives de suicide », selon un audit.
L’épuisement des agentes se traduit par des arrêts maladies, et sans remplaçant disponible, les conditions de travail et la santé de tous n’ont cessé de se dégrader. Lors de la dernière campagne municipale, le maire s’était vanté de n’avoir jamais eu à subir la moindre grève des agents de la ville. Son mépris et sa récente décision de leur ajouter le nettoyage des écoles et de nouveaux locaux durant l’été, ont fait déborder le vase. Sous prétexte que « chaque salaire mérite travail », le maire a sous-entendu que ces travailleurs sont des tire-au-flanc. Leur réponse ne s’est pas fait attendre.
Une poignée de travailleuses a fait circuler une pétition appelant à cesser le travail, que près de 70 % des agents ont signée. Chaque jour, un rassemblement a eu lieu place de la mairie où ils discutaient de leurs conditions de travail respectives et de la suite du mouvement. Une agente, lucide, l’explique ainsi : « Moi je me bats aujourd’hui parce que je sais que je ne tiendrai pas 25 ans à ce rythme-là », une autre fait remarquer très justement : « Il y a de l’argent dans cette société, il y a aussi beaucoup de monde qui cherche un emploi, il faut embaucher ! ».
A l’issue de la première semaine de mobilisation, les agentes ont voté la reconduction de leur débrayage deux jours supplémentaires pour essayer d’en engager d’autres dans la mobilisation.
Ces conditions de travail sont la conséquence d’une politique de l’État et des collectivités, qui destinent des milliards au grand patronat et au budget de l’armement, au détriment des services utiles à la population. Alors avoir « dépassé les peurs », relevé la tête et exprimé sa colère fait du bien. Les agentes n’ont sûrement pas dit leur dernier mot.