Chantiers de l’Atlantique – Saint-Nazaire : le procès d’un accident dutravail mortel24/06/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/06/P14-2_Chantiers_Saint_Nazaire_Assemblage_sur_laire_de_Pr%C3%A9montage_des_blocs_sortis_des_ateliers_C_LO.jpg.420x236_q85_box-0%2C34%2C800%2C483_crop_detail.jpg2026-06-24

Dans les entreprises

Chantiers de l’Atlantique – Saint-Nazaire : le procès d’un accident dutravail mortel

Dans la nuit du 26 février 2020, une cloison en acier de 500 kg avait basculé sur les deux ouvriers qui étaient en train de l’installer. L’un avait réussi à l’éviter mais le second était mort, emporté et écrasé par la cloison.

Illustration - le procès d’un accident dutravail mortel

L’accident s’était produit à 3 heures du matin, en fin d’équipe de nuit. Notre camarade décédé était un travailleur intérimaire, affecté à un poste complexe et physiquement éprouvant, qui n’était pas son poste habituel. Les larmes de crocodile de la direction des Chantiers n’avaient pas encore séché qu’elle martelait : « Chaque binôme est censé sécuriser sa zone de travail, c’est dans les basiques du charpentier métaux » ! « Ce sont les risques du métier », avait-elle ajouté dans des réunions prévues pour aider les équipes à surmonter le traumatisme. Pour le « matelot » et collègue rescapé, pour les salariés qui ont aidé les secours à dégager le corps, pour les témoins de l’accident et l’ensemble des travailleurs du site, le mal est irréparable.

Six ans plus tard, le procès censé établir les responsabilités de cet accident s’est ouvert. Ce qui fait dire à nombre de travailleurs qu’il n’y a pas que pour les meurtres ou les viols d’enfants issus des classes populaires que la justice se hâte lentement.

Comment s’en étonner d’ailleurs ? La justice n’est pas faite pour imposer quoi que ce soit aux capitalistes, les vrais maîtres de la société. Les travailleurs n’ont aucun réel pouvoir de refuser légalement une situation de danger. Seul un rapport de force peut imposer des conditions de travail ne mettant pas leur vie en danger. En son absence, près de 800 travailleurs meurent au travail tous les ans en France, sans que cela entraîne d’autre condamnation que des amendes dérisoires.

Aujourd’hui les débats auxquels le procès a donné lieu ont de quoi révolter, tout comme la faiblesse de la peine encourue par l’entreprise, qui est de 100 000 euros. Pour l’avocat de la direction, monter des cloisons à trois heures du matin pour construire des paquebots semble tout à fait normal et envoyer des travailleurs intérimaires sur des postes qu’ils ne connaissent pas, avec une pression permanente sur les délais, ne pose aucun problème.

Quand la procureure a évoqué « les cadences infernales boostées par la recherche de productivité » et parlé de « pression invisible mais malgré tout existante », le patron s’est offusqué et a rétorqué qu’il existe bien un outil de planification des tâches, mais que « si un binôme ne le remplit pas, il n’y a pas de sanctions ». Tous les travailleurs du site savent que cet « outil », avec lequel chaque tâche est décortiquée et chronométrée, n’est pas invisible, mais au contraire nettement affiché. Il l’est même tellement que la direction appelle cela le « management visuel de la performance » ! Ces tableaux parsèment les bateaux et ateliers et « permettent » aux ouvriers, aux entreprises sous-traitantes, de savoir où ils en sont. Et au cas où le message ne serait pas clair, un curseur rouge ou vert est placé en fonction de l’état d’avancement du travail.

Le risque ne vient ni du métier ni du « facteur humain » comme le prétendent certains avocats, journalistes et autres défenseurs serviles de l’ordre établi ! Le risque, c’est bien de confier l’organisation de la production à des serviteurs des capitalistes dont la seule obsession est la rentabilité, quitte à sacrifier la santé et la vie des travailleurs.

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