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Leur société
“Enfants de la Creuse” : un crime de l’État français
Plus de quarante ans après la fin de la déportation en France hexagonale, par les services de l’État, de 2015 enfants réunionnais, le parlement vient de voter une « loi de réparation et le principe d’une réparation financière ».
Les victimes de cette politique des gouvernements français entre 1962 et 1984 devraient donc maintenant être indemnisées. Au moment où la métropole manquait de main-d’œuvre et où l’avortement était puni de prison à La Réunion, il était procédé à des stérilisations et des avortements forcés sous prétexte que les familles étaient trop nombreuses !
C’est à l’initiative de Michel Debré, parachuté dans l’île lors d’une élection législative partielle, que la DDASS et le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations des départements d’outre-mer, fondé par ce même Debré en 1963) organisèrent le trafic d’enfants déclarés « pupilles de l’État ».
Ces enfants, dont un tiers avait moins de cinq ans et les autres quelques années de plus, tous issus des classes pauvres de La Réunion, ont été arrachés et coupés brutalement de leur famille, de leur pays et de leur culture pendant des dizaines d’années.
Aux familles souvent illettrées, les services de l’État avaient fait miroiter la perspective pour leurs enfants de poursuivre des formations et des études, auxquelles ils n’ont jamais eu droit.
Au contraire, ils ont servi de petites mains dans des fermes en France, dont une bonne partie dans le département de la Creuse, frères et sœurs séparés les uns des autres, exploités et humiliés bien souvent par leurs familles d’accueil. L’administration a parfois même prétendu faussement que leurs parents étaient décédés.
Le dommage créé à ces enfants, à des milliers de kilomètres de chez eux, a été immense et les séquelles sont ineffaçables.
Depuis 2002, certains d’entre eux ont porté plainte devant les tribunaux et en 2014 une résolution de l’Assemblée nationale a finalement reconnu la responsabilité morale de l’État.
La loi qui vient d’être votée ne réparera jamais le préjudice, pas plus que la loi sur l’esclavage déclaré « crime contre l’humanité » ne rendra justice aux 63 000 esclaves de l’Île Bourbon – l’ancien nom de La Réunion – « libérés » par le décret du 20 décembre 1848.
Le principe d’une réparation financière est maintenant, et bien tardivement, posé. Un certain nombre de victimes sont décédées mais députés et sénateurs vont désigner une commission qui devra statuer avant… le 1er janvier 2029. Prendre tout son temps quand il doit statuer sur ses propres forfaits, l’État français sait très bien le faire !